23 novembre 2005

Le Grand Sommeil



Je ne veux pas quitter le lit. Les obligations matinales rendent les minutes supplémentaires sous la couette, meilleures qu’une friandise non désirée.

Il y a son bras serrant mon buste qui me dit les mots que la bouche jalouse. Il y a le noir absolu de la pièce qui me fait oublier les aurores. Il y a le dos courbé, le corps asséché et les yeux gonflés. Il y a les premières pensées qui sont les dernières de la veille.

Le réveil est une semi vie. On flotte entre deux mondes où aucune action n’est possible. Alors oui, je ne veux pas quitter le lit.


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« Ophé sur le lit »

21 novembre 2005

Porte Ouverte

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Le but du karaoké n’est pas de bien chanter mais d’hurler plus fort que les autres. La Star Academy du pauvre en quelque sorte.
Lulu grille son computeur, mais elle n’avait qu’à pas avoir un aussi beau tapis. Jeff, Isa et Marion confondent les godes avec les micros, prennent des pauses de légendes du rock et s’essoufflent sur des refrains connus.

Colibri met un porte-clefs en forme de cœur sur le trousseau de chez moi. Donner ses clefs est faire offrande de son intimité, ça change beaucoup de choses.
Ce métal utile peut vous lier à l’autre bien plus que ne le ferait une alliance.


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« Jeff »

17 novembre 2005

La Matrice

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C’est une irruption. Ca se draine. Je ne dis rien, j’attends que ça vienne. Elle arrive toujours ainsi, l’inspiration. J’ai longtemps cherché mon sujet, alors je me dispersais. Nouvelles, chroniques, blogs, petits carnets, morceaux de papiers qui finissent par me ressembler mais n’offrent qu’un puzzle sans image.

J’ai toujours estimé que les idées de la nuit devaient survivre au petit jour. Le matin est un barrage à la création, et je me suis souvent entendue dire que finalement, « c’est une mauvaise idée ». Si le sujet revient souvent, je peux estimer qu’il vaut la peine d’être traité.

Il y a cette petite fille assise en face moi, le visage baissé, qui s’agrippe à sa petite jupe et frotte ses collants en laine. Une femme parle fort pour souligner le fait que « t’es une bonne à rien, je vais t’apprendre la vie moi. »

Dans le wagon, personne ne sait vraiment à qui s’adressent ses paroles. Elles violent le silence et agressent tous ceux qui se sentent concernés. Etre bon à rien, c’est valable pour tout le monde.
La petite fille me fixe, et je lis dans son regard, la complainte de la honte. Je saisis qu’il s’agit de sa mère, je saisis qu’elle pourrait la poignarder, je saisis qu’à 27 ans, j’ai gardé le même regard.

Je voudrais pouvoir poser ma main sur ses petits genoux, articulations qui soutiennent des pieds qui ne touchent pas encore le sol. J’aimerais lui susurrer à l’oreille que ça va passer « Tout ira mieux, tu verras ». Je ne fais rien comme on ne fait rien lorsque l’on voit pleurer une jeune fille sur un quai de métro. On compatit, mais on ne fait jamais, jamais rien.

L’idée est née. Est-il possible que si l’on m’avait dit cela plus jeune, je serais moins forte aujourd’hui ?


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« La Fraîcheur »

14 novembre 2005

Ma Belle Plante



Je transporte, sur le balcon, le pot de cette grosse plante dont j’avais laissé les trois troncs bien droits il y a quelques mois. Je la retrouve de travers contre le mur, les feuilles jaunies, la terre sèche.
C’est un des derniers efforts que je m’accorde après un ménage de 4 heures.
Je dégage quelques centimètres de terre pour remettre du terreau frais, tout en redressant cette petite flore. Le ciseau aide à la découpe des feuilles mortes. L’eau vient compacter le tout.
Elle est lourde puisque chargée de beaucoup d’images. Elle retrouve sa place en trônant sur le tabouret Starck, émanant de sa verdure, un sentiment de renouveau.

Je la regarde illuminer la pièce comme un couché de soleil embellit une plage. Je l’avais oubliée après mon départ, pas songé à son entretien, jusqu’à oublier son existence même. Et puis, malgré l’absence, ça pousse quand même. Ca résiste.
Leçon de vie d’une plante à une errante. Même sans lui, je survis.


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« Carrelage »

07 novembre 2005

La Méchante Soirée



La veille au soir, je dis que je me sens seule et que c’est si dur de tout gérer. Dans le noir, c’est plus facile de pleurer, mais coller à un autre corps, les spasmes de la respiration haletante ne se dissimulent pas. Au petit matin, il a fallut que je tombe malade pour imaginer tout annuler. La tête dans la cuvette pour devenir plus honnête. Avec moi-même, avec les autres.
Retrouver visage humain, masquer les cernes et la pâleur, finir le montage de « Feet Life », et tenter dans un ultime effort de l’encoder, de le convertir, de le graver pour ne pas y arriver.

La nuit tombe, plus chargée qu’un mulet, Polly à mon secours, pas de taxi, il fait froid et je demande l’aide de ma bonne étoile qui semble m’entendre.
Courir au Kubi, déposer les vinyles, étendre le drap, brancher l’ordinateur, raccorder le vidéo projecteur, remonter, prendre une bière et fumer une cigarette, enfin. Je préviens, l’organisation est old school avec moi.

Baisser la tête sur mon set et la redresser devant la foule qui arrive, qui s’entasse, qui se colle, qui forme une masse bien compacte, qui donne chaud. J’ai mal au ventre, mais je fais mine que non.
Dans la salle du bas, les Pirates se frottent aux Fems. Les baisers ne font pas de bruits autour des torses nus. Il fait sombre, l’envie monte, ça dérape, c’est toujours ainsi.

Au dessus, je ne vois pas tous les visages, mais je constate du peuple sur le trottoir. Il y a deux hétérottes sexys qui draguent Sab La Trash. A côté, ça parle position levrette en sirotant un kir violette. Sur ma gauche, on m’appelle pour la technique. En face, ça se bécotte encore. C’est une soirée où les genres se confondent, où l’on prononce mon nom avec l’accent anglais pour me dire merci, où les djettes ne se la racontent pas, où le rock se marie avec l’électro, où la guitare électrique d'un live se frotte aux clients.
C’est une soirée où j’oublie d’être malade, où j’oublie d’être seule.

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“FashionTurix”

03 novembre 2005

Déménagement, le vrai.

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Elle me montre le modèle du véhicule sur l’affiche, alors je m’esclaffe « Ah oui quand même ! ». Contrat signé, on monte dans l’engin. J’ai fière allure avec ma chemise à carreaux, mise pour l’occasion, et mon coude hors de la vitre. Une gouine au volant d’une camionnette de déménagement reste de nos jours, un doux euphémisme. Je ne fais pas la fière malgré mes 7 ans de permis puisque je n’ai pas touché un volant depuis 1 an.

La nuit, la pluie, le froid et 5 étages à monter sans ascenseur pour un équivalent de 50 ans de paperasses conservées, le tout acquis en seulement 23 ans de vie. C’est le grand défi de Lulu.

On a beau faire la chaine humaine, un par étage, le poids des choses pèsent drôlement plus lourds après avoir l’impression de monter 17 étages d’affilés. On n’imagine pas qu’une pile de magazines, qu’on ne veut pas mettre aux ordures, peut se révéler assassine.

J’adore les sports extrêmes.

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Copyright D. Juncutt
« FashionTurix »