29 décembre 2006

SK#099

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Nouvelle interface de Smoking Kills. C'est un peu mon propre cadeau de Noël. Jamais mieux servi que par soi-même, avec l'incomparable doigté de fsens, rapide, direct et sans bavure comme on les aime.

Heroes est en stand-by alors je me mets à imaginer quel pouvoir j'aimerais bien avoir, sans que ça finisse par devenir ingérable et que je me sente obligée d'aider la population toutes les deux minutes sans retour de gloire.
Je voudrais le pouvoir le plus vicieux et égocentrique, celui qui te permet de voyager gratuitement, de voler de l'argent dans les caisses des supermarchés ou bien encore de regarder les gens vivre.

Je voudrais être invisible à volonté.
J'imagine donc les contraintes et puis j'impose des lois. Que mes vêtements le soient aussi pour ne pas risquer de prendre froid. Que je puisse inviter certaines personnes à le devenir, avec une simple pression sur l'épaule ainsi que les objets, certains objets, ceux que je volerais. Un pouvoir pénard en somme.
Bien évidemment si un type en collants volait jusqu’à moi, me demandant de l'aide pour démanteler un réseau de terroristes, je ne rechignerai pas à me racheter une conscience.

Edit: Finalement comme j'ai tout compris au html, le design n'a pas fini d'être modifié. Je vais rendre l'interface tellement cosy qu'on voudra y prendre le thé.


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Copyright D. Juncutt
« Gigolo »

27 décembre 2006

SK#098

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C’est parti. Ça fait de la slush dans les rues et j’ai manqué de tomber sept fois, non en fait, dix ou quinze. Dans la boutique de pompes, j’enfile mes futures bottes en mousse, fourrées et particulièrement laides. Suffisant pour les trois mois à venir, enfin il me semble.
Je repère des chaussures de maquereau, blanches à bout pointu. Je reviendrais.
A la librairie, tout est à moins vingt pourcent, je ne l’ai su qu’à la caisse, alors sur le coup, j’ai regretté de ne pas avoir acheté le dernier Ralf Konig. So gay.

J’ai trouvé King Kong Théorie dans le rayon sociologie, indexé chez les féministes. Enfin, la vendeuse aux sourcils rasés l’a trouvé pour moi. Alors lorsque je lui ai demandé dans quel rayon il était, et qu’elle m’a dit rayon socio, j’ai écarquillé les yeux : « Déconne pas! » C’est juste que dans Glamour (sans commentaire), il y avait cette phrase que la Despentes à dit : « Coincées entre des injonctions sociales contradictoires et des normes esthétiques drastiques, les femmes doivent en plus (…) consoler les hommes qui se sentent dévirilisés »
J’ai tout de suite pensé qu’elle avait particulièrement raison et que Despentes en porte-parole du nouveau féminisme, me semblait être un pied de nez à toutes une cliques de sociologues qui sentent la naphtaline.


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« Pat & Sunday »

21 décembre 2006

SK#096

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Je n’ai pas l’impression que c’est Noël. Il y a des éléments manquants, sauf peut-être les niaiseuses Christmas songs dans les magasins et les deux guirlandes qui pendouillent dans la rue. Je n’ai pas l’impression parce que cette année, je ne me sens pas malheureuse.

Il y a tellement de raisons pour qu’on déteste cette période, introspection, solitude, tout ça, que j’en viens à me demander si l'on ne cherche pas à l’entretenir. L’approche de mes trente ans me fait sérieusement songer à changer de cap. Non, ça n'est plus fun, et aucunement fashion de tirer la gueule. Wajdi Mouawad a enflammé mon esprit, lorsque qu’il a fait hurler à ses acteurs «L’enfance est un couteau dans le cou ».

« Incendie » est une pièce atrocement belle de trois heures, que tout être à la recherche de son identité est invité à voir.

Et puis dans un registre purement ego-stylistique, fsens (non je ne te mets pas la pression) va grâcieusement contribuer au déchiffrage des codes html de ce blog, sur lesquels j’aggrave considérablement ma myopie. Les titres des posts, quant à eux, seront uniquement numérotés pour éviter de finir par y écrire des stuffs insensés.
Follement intéressant non ?


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« Crazy Sunday »

18 décembre 2006

SK#095

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Je récapitule. Crayon de bois qui frotte la feuille blanche.

-Vol 1
Départ : Air Canada/28 avril/ 8h30/Vol direct.
Arrivée : 11h30 > San Francisco.
-Vol 2 :
Depart : Delta Airline/11 mai/8h50/Vol direct
Arrivée : 10h10 > Los Angeles

Ne reste plus qu’à choisir une troisième étape avant le retour. Elle ne veut pas de Las Vegas, je ne veux pas de Mexico.

Ce soir, Staff Party de mon job. Open bar, dj de luxe. Manu me dit qu’il a acheté du speed pour 15 pièces. Dandy apprend l’o.d. d’une amie et Colibri s’allonge dans les caniveaux. Ici, il est plus facile de trouver de la drogue que du fromage de qualité.

Sinon je suis triste. Naughty James stoppe son Project 1095, le Pulp ferme et l'homme au profil myspace le plus laid du monde veut être mon ami.


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« Hors Micro »

16 décembre 2006

SK#094

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Une tempête solaire serait à l’origine de la chaleur inhabituelle qui règne sur le Canada ces jours-ci. Je vérifie la théorie en sortant sans mon écharpe, à la cool, limite, j’enlèverai le manteau.
Au restaurant végétarien thaïlandais, le patron nous confie que la ville lui a conseillé de moins recycler et puis que de toute façon, ça ne servait à rien vu que tout n’était pas pris en compte. Il a dit qu’il trouvait ça scandaleux et puis un peu plus tard, il nous a offert de goûter des algues marines caramélisées. On a franchement hésité puis on s’est régalée. Dans le resto, on y fête quatre anniversaires à la suite. Je cherche la caméra, je me demande si Marcel Béliveau est de retour, ça ne me semble tout simplement pas concevable de fêter ça chez un Thaïlandais, bien que cité dans le Mirror, et qu’en plus, ces quatre blaireaux aient eu la même idée.
Lucienne lance la théorie de la baise à profusion à peu près vers Mars. La renaissance de la nature et de ses désirs. Du coup, j’en viens à calculer bêtement la date de copulation parentale.

Dans le quotidien musical, il y a la critique de trois albums. Millimetrik ,Hudon et Patrick Watson. Trois artistes locaux, deux de mes collègues, dont un ancien, qui, par une étrange coïncidence, sortent leurs galettes respectives en même temps. Alors ça parle machines, logiciels, kick et loops et force ainsi La Petite Chienne a développer son électronica.
Montréal est une ville qui défend corps et âme ses artistes locaux et encourage la production avec un réel sens de l’engagement.


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« Damien Macro »

12 décembre 2006

SK#093

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Je passe des heures devant Ableton Live, casque sur les oreilles, le nez collé à l’écran. Un peu mal au dos. Je pianote et je freine mon envie d’investir dans une korg que j’ai repéré chez un revendeur du coin. Quelques heures plus tôt, je me procure la quasi-totalité des morceaux du label Perlon. Autant dire, le meilleur label minimal. Ce bonheur me donne envie de pleurer toutes les larmes de mon corps.

Lucienne débarque de New York et fait s’échapper la neige. J’aimerais dire qu’il ne fait pas si froid à Montréal, ou bien c’est que je m’habitue. Ce que j’aime avec cette Bitegirlz, c’est qu’elle apporte toujours son lot de dernières nouvelles parisiennes. Samedi, Claire dit « J’ai l’impression d’être chez moi, en France. Tous réunis autour de la table basse, le cul par terre, une clope au bec. » C’était tout à fait ça chez moi aussi. Blocage psychologique à investir dans une vraie grande table familiale, avec ses quatre chaises et ses sets en paille vernie.

Après une prestation au lapdance, Manu rencontre un mécène qui lui offre de couvrir toutes ses dettes en échange d’une amicale compagnie. Que dire ?

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« Emmanuel en extérieur »

06 décembre 2006

SK#092

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Température extérieure : -9 degrés. Temps ressenti : -16 degrés.
C’est un peu comme les pizzas à 99 cents qui ne coûtent jamais 99 cents.

J’ai laissé la porte ouverte pour ne pas avoir à redescendre lorsqu’il arrivera. Manu me saoule au champagne et m’offre de la weed. Normal quoi. Il redescend chercher de quoi se restaurer. Demi poulet, morceau de porc, patates douces, sauces piquante. Il se lèche les doigts et s’excuse de tous les rots qui s’échappent. On parle de baise et puis d’amour, dans ce sens là.
Je me sens déjà bourrée lorsqu’il faut monter l’escalier. Il retire sa chemise, alors je me dis, j’espère être à la hauteur.
Quatre-vingts photographies plus tard, il porte mon sac jusqu’au bar. Il y a du monde ce soir. Bruno diffuse mon slide show et Phil dit « C’est ta soirée on dirait. »

A la table du fond, des dj’s de Mutek Records boivent des bières. Je me souviens qu’ils étaient venus au barbecue cet été, chez moi, et que la politesse voudrait qu’ils viennent me dire bonjour. Pour la peine, j’augmente le son jusqu’à ce que plus personne ne s’entende.
Un type éméché me souffle son haleine nauséabonde. « Est ce que tu l’as cette chanson. Ca fait lalala tudududutu tic tic et à la fin ça fait toudoum toudoum tac… » Je me retiens de rire, de me foutre pleinement de sa gueule. J’attendais vraiment qu’on me la fasse. Qu’on me chante un morceau. J’aurai pourtant vraiment aimé lui faire plaisir, prouver à quel point je suis forte en blind test, mais c’était malgré moi impossible.

Casino Royale est sans doute le meilleur James Bond. C’est en tous les cas ce qu’ils disent tous. Il a juste été updaté version 2006. Plus de muscles, moins de flegme britannique.
Je ne retiendrais qu’une phrase importante. « De toute façon, cette garce est morte maintenant. »
Il aurait pu dire « Cette grosse pute m’a enculé bien profond. Je l'ai crevé comme une chienne. »
Mais ils n’ont pas osé.

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« Emmanuel »

04 décembre 2006

SK#091

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Mes pas font du bruit dans la neige. Les flocons ressemblent à des petits morceaux de coton. Un labrador noir renifle la poudreuse puis éternue. Je suis comme une enfant, je marche là où elle est la plus abondante, je cherche les agoras vierges que je salis avec ardeur. La neige se dépose sur la ville et avec elle, son manteau de silence.
L’humanité semble s’être immobilisée pour contempler l’effet de se retrouver dans une boule souvenir qu’on aurait arrêté de secouer.

Pourtant, un peu plus loin, Augusto Pinochet a demandé l’Extrême Onction. Le Sacrement des malades. Une bénédiction, un peu d’huile sur le front et on oublie tout. Manquerait plus que ses dernières paroles soient « J’ai pas fait exprès… »

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« Emmitouflée, Je Suis »

01 décembre 2006

SK#090

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Première neige ce matin, de celle qui reste, qui fait de la slush sur la route, écrasée par les pneus des voitures. Je sors du lit pour aller pisser tout ce que je me suis descendu hier soir (quantité censurée) avant de casser les coquilles d’œufs. Crépitements, éclaboussures d’huile, formation du blanc. Facile à cuire, rapide à manger.

J’ai une coupure sur l’annulaire gauche, la lèvre intérieure ouverte, un peu de sang autour. Je cherche à savoir comment j’ai pu me faire ça et je repense au type qui a fini par m’embrasser à deux reprises. « Mais, il m’a embrassé le con ?! ».
Soirée de lancement de la compilation NightLife Magazine. Ping Pong entre Mary Hell et Cherry Cola. On planque les manteaux sous l’escalier et on fume en cachette. Public agréable, bourré à minuit et parti à une heure. Radicalement différent de la clientèle de l’Hotel W.

Un homme, une table, une bouteille, et six filles autour, sur de la House inaudible. Brian nous fait prendre l’ascenseur, moquette moelleuse, photographies sous plexis sur les murs, insertion de la carte magnétique, « Bienvenue, vous êtes dans une suite à quatre mille dollars ! »

A lire aussi, le Boulet du jour. Ayant pour effet d’éviter à certain de justifier un vote sarko-Le Pen.

Edit Post:
La sélection musicale de décembre est active. Des nouveautées électro que le Top 50 ignorera toujours. Et c'est tant mieux pour nous.


Photo :
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« Sunday & Mary à la SAT »

26 novembre 2006

SK#089

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Ce matin c’est pain grillé tartiné de fromage Philadelphia, café noir et connexion wifi du voisin qui veut pas charger quelques pages. Comme myspace plante toutes les heures, finalement je ne sens pas trop la différence.
Dandy Noir de Génération Rose m’envoie son interview aux questions décalées comme je les aime.
Hier après midi, à Expozine, j’ai découvert les comics de Dave K, jeunesses alcooliques, filles faciles et adolescence perdue. Ça ressemble à du JT Leroy en bande dessinée, sans le fric, sans le soleil. Et puis ça me rappelle aussi les BD porno que je lisais petite, en cachette, trouvé dans les tiroirs des amis de mes parents. Fallait que je l’achète.

Les décorations de Noël sont sporadiques sur le boulevard Saint Laurent, comme si les électriciens avaient balancé les guirlandes dans les arbres en fermant les yeux.

Bientôt six mois à Montréal. Un bilan va s’imposer. Je ne pense qu’à une chose, partir à Los Angeles, et pourquoi pas dans une Chevrolet verte décapotable, un foulard dans les cheveux et un flingue dans la boîte à gants. J’ai la chance d’être loin et je rêve encore à ailleurs.

En attendant, cette nuit, set à l’Esco Griff et petite virée chez les copines de la Beat Me Up.

Dessin :
Copyright Dave K
« Make Out Party »

22 novembre 2006

SK#088

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Bruno s’approche et me dit « Je comprends pas, l’année dernière il y avait beaucoup plus de filles. Cette année c’est très pédé. » Effectivement, la salle ne compte que deux lesbiennes, dont Charlie, la directrice du festival Image & Nation.
« C’est parce que l’année dernière, elles devaient toutes être célibataires et qu’entre temps elles se sont maquées… Alors elles ne sortent plus. » Que je lui réponds en plaisantant. Il rigole comme un bébé. Il est bon public. Je l’aime bien.

Dantec est en couverture de VOIR. Je lis. Il crache sur la littérature contemporaine et s’enfonce dans un discours politico-religieux comme s’il était le mieux placer pour en parler. Il dit "Je suis un catholique, un catholique du futur." Comment peut-on être avant-gardiste avec des idées vieilles de deux milles ans ? Il me semble l’avoir reconnu dans un parc il y a quelques semaines. J’aurai dû lui mettre une claque dans la gueule. A rajouter dans la liste : What’s wrong with bearded ?

-4 degrés. 16h44, la nuit tombe. King Ken s’ajoute à la collection et ma radio hivernale électronica expérimentale est ouverte. Bonne écoute.

Edit > Jeudi 23, c'est Thanksgiving. Je fais une bonne action. Je mixe pour Action Terroriste Socialement Acceptable. Performance musicale durant laquelle les SDF se restaurent de dinde. Une grande première.

Photo :
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« King Ken’s mine »

18 novembre 2006

SK#087

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Quelle étrange sensation. Sentir de nouveau l’acidité au fond du palais, tracées et perdues dans des chiottes sales, la porte branlante, l’œil alerte.
La femme tigre, moustache imparfaite, se roule à terre et joue la féline. Je rigole, j’aime tout le monde ce soir. Le danseur torse nu sur le bar, la clubbeuse en fauteuil roulant, la jeune fille qui me tend du papier en guise de PQ, le barman qui me réclame son tips, les fumeurs extérieurs.

Mais à trois heures les lumières nous avertissent qu’il faut partir. Jordan Dare me hurle « Nice to meet you lady ! », et me tape dans la main comme si nous étions les meilleurs amis du monde. Nous sommes juste deux djs joufflus soulagés de venir à bout de nos sets respectifs. Quelle incommensurable satisfaction.
Sur le trottoir, on attend. Je tourne en rond, la mâchoire serrée. Il faut rentrer, la nuit n’a pas le droit de s’étendre à Montréal.

Frustration, taxi, lit. Je rêve qu’il neige, que je suis en tongue, et je serre ma tante dans mes bras pour la remercier de m’avoir tant soutenue. Comprends pas.


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« Tache de Bubble Tea »

12 novembre 2006

SK#086

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Lorsqu'il fait trop froid dehors, on apprend plein de trucs à l'intérieur. Je viens de découvrir les fichiers ".torrent." Où trouver ces fichiers et surtout, concernant mon cas, comment y intégrer les french subtitles. C’est ainsi que s’ouvre à moi un large choix de nouvelles séries tellement attendues, telles que Dexter (David Fischer est encore plus beau), Weeds (Mary Louise Parker mérite son Golden Globe) et la saison 3 de Lost (Noyez Jack...)

Ces séries sont visibles dès le lendemain de leurs diffusions, sur le site de leurs chaînes respectives, comme Showtime ou ABC, mais uniquement sur le continent américain. Fort compréhensible, puisque les programmes ne seraient ainsi plus distribués sur les autres continents, ce qui sous-entend, un manque à gagner non négligeable. Adieu magnétoscope et bandes magnétiques polluantes, ceux qui ne l’ont pas vu le verront sûrement, ceux qui ne le verront toujours pas en entendront parler et c’est ainsi qu’on impose la dépendance, la surconsommation. Et puisqu’il sort une bonne série tous les trois ou quatre ans, il vaut mieux guetter la bête et éviter les pièges. Rien n’égale à mon humble avis, pour le moment, Six Feet Under. Son émotion réaliste, son scénario puissant et ses acteurs atteignant la perfection.

Pour les Roscos que ça n’intéresse pas, il y a probablement, sur une chaîne câblée de mauvaise qualité, une énième rediffusion de Shérif, fais-moi peur.

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« Protection Divine »

08 novembre 2006

Ô Champs Elysées



En 1984 j’avais six ans. Décennie pleine de strass et de décadence. Un temps où le sida était appelé le cancer du pédé, un temps où l’apartheid existait encore, un temps où Mickael Jackson avait une certaine crédibilité.

Comme chaque samedi, nous regardions cette grande émission de divertissement, passage obligé des vedettes en devenir : Champs-Elysées. Grandiose et inoubliable générique sur le pouvoir économique de la capitale, qui a peut-être donné envie à beaucoup, comme à moi, d’aller m’y installer, où à défaut, de tournoyer sans cesse autour du rond-point des Champs.

J’étais une petite fille que l’on forçait à s’habiller avec des fuseaux, des pulls qui grattent, des chaussures Caroline et pour accessoiriser le tout, j’étais ornée d’une coupe de cheveux proche du benjamin de la famille Bradford dans la série « Huit ça suffit ». Pendant que mes parents avaient pour mission de me faire arrêter de sucer mon pouce, parce que: comprenez vous, le dentiste, ça coûte bonbon, je m’avachissais sur le canapé, pouce humide en regardant une demoiselle, Montréalaise sans le savoir, qui disait « J’aime ce qu’on m’interdit ».
Le début de ma perversion en somme.

Malgré ces années insouciantes au style vestimentaire en passe de redevenir à la mode, il est force de constater que vieillir, n’est pas toujours une mauvaise chose.

04 novembre 2006

Un Post Bourré de Liens

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Soit, j’ai cinq jours de congés devant moi. Ce n’est pas cinq jours durant lesquels je me demanderai dans quel état je vais retrouver mon poste en revenant. Non, ce sont des jours qui me laissent libre de vaquer à ne rien à faire ou bien au contraire, à sortir, m’éclater, découvrir ce que, à vrai dire, je fais depuis mon arrivée avec une certaine méfiance, une tête hochée comme tout bon français, bien con, bon chien de garde.

Hier soir, traversée périlleuse entre le vent glacial qui paralyse la mâchoire, et des travaux plutôt dangereux pour les passants du Boulevard Saint Laurent. Club Soda. Ticket. Vestiaire. Bière. On entre. Concert de The Rapture, en forme, sourire au bec, ça fait plaisir. Sortis du schéma des groupes de rock qui se croient obligés de tirer la gueule pour se sentir important, pas très content. Il y a pourtant bien longtemps que le rock n’est plus une histoire de contestation.
En première partie, deux jeunes australiens font leurs shows en collant moulant et maillot trop grand floqué Keith Haring. Le tableau de la partouze géante qui trône étrangement dans mon salon parisien et que je passe des heures à contempler. The Presetz font de drôles de bruits avec leurs machines, bougent les mains comme on débuterait la danse des canards, ont les visages cachés grâce à une lumière en contre-champs et me font secouer la tête avec enchantement. C’est la première fois que j’achète un album en sortant d’un concert.

Il y a quelques jours, j’ai redécouvert Dexter de Ricardo Villalobos, enfoui dans ma discothèque. Bien qu’ayant quelques anniversaires à son compteur, je ne m’avance pas trop en disant que c’est l’un des plus beau morceau électro minimal, au même niveau d’émotion que Soopertrack d’Extravelt. Deux incontestables références pour ceux qui aiment danser en ayant l’impression de voir se décrocher leurs cœurs.

Mission: « Ramène-moi King Ken Pink ! » pour Dj Soul Sista, en visite à Paris. À moins qu’entre temps, je ne craque pour Mr Spoons. Ou les deux.


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« Asphalte »

30 octobre 2006

Getting Ready For Winter

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Consommation non abusive.

-Trois mp3 sur kompakt, dont un Roman Fluegel offrant huit minutes de douce folie minimaliste et solarienne.

-Un N3B25 Schott. À vrai dire mon premier gros et grand manteau avec environ dix centimètres d’épaisseur et sa capuche fourrée pour supporter le vent glacé qui souffle actuellement, giflant les oreilles, donnant la goutte au nez et faisant racler la gorge.

-Pacman et Yoshi pour la Nintendo DS. Mario Bros est bel et bien terminé. Plus de mondes interdits à découvrir avec la presque totalité des pièces d’or de récoltée. Je pense que sa course s’achève ainsi, malgré l’obsession que je porte à ce jeu. Je hais Bambi, mais je reste fidèle à une imagerie enfantine pour tous les games. I’m a Geek in a fucking wonderful land.

-Abonnement à un club de gym. Il est évident que le pouvoir de la motivation engendre souvent une prise de conscience en crescendo. Le moral va mieux, alors le corps se réveille et les activités reprennent. Un effet papillon à échelle personnelle. En visitant la salle de sport, je vois deux types faisant du vélo dont un lisant le journal, pendant que l’autre calait ses mouvements sur la musique techno que diffusait la salle.
Trois autres types soulevaient de la fonte et je me suis dis que c’était ça que je voulais faire. Passer mon temps sur des machines à tortures contemporaines, et vaille que vaille. Il fallait bien que moi aussi je fasse l’erreur de m’inscrire à un club et de finir de payer l’abonnement en trouvant toutes les excuses du monde pour plus y foutre un pied. Pas folle jusqu’à l’extrême, je n’ai pris que six mois.


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« Ophélie dead lipstick @ Halloween Party »

25 octobre 2006

Set Et Rencontres

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Un type s’assied juste derrière moi, ça me déconcentre parce que j’ai l’impression qu’il épie chacun de mes gestes et dans ces cas là, il se peut que j’enchaîne mal mes disques où que j’en fasse tomber un. Un vieux reste de paranoïa. Il a commandé un verre de vin et un verre d’eau, je le sais car j’ai eu le temps de voir au moment où il tournait la tête. Bon timing.
Il se pointe à côté de moi, me montre l’autocollant en disant qu’il manque un K. Je lui dis qu’il est ici le K de Katapult. Il embraye la discussion alors que je suis en train de caler un disque assez compliqué, le genre de disque qui reste collé au doigt dès qu’on le touche. Finalement j’y parviens en étant assez fière de moi sans que personne ne le sache dans la salle. Petite victoire personnelle.

"Tu sais je connais très bien Laetitia de Katapult. Tu connais Minnus ? Ah t’es Française ? Alors tu connais tout ça forcément. Je peux regarder tes disques ?"
Son ami arrive et lui demande d’arrêter, qu’ils doivent partir.
"Je pars dans deux jours à New York et j’ai demandé à des potes où je pouvais écouter du bon son electro le mardi, alors on m’a conseillé de venir ici." Deuxième victoire personnelle.

Il me tend un des disques. "Hey t’as Poni Hoax, tu savais qu’il était chilien ? Écoute, tu sais quoi ? Tu vas envoyer un mail à M. de Tigersushi de la part de Karim, Karim c’est moi, il va t’envoyer plein de disques."
Je reste stoïque. Je serai assez stupide pour le faire où assez conne pour ne pas le faire.
Il repart en me remerciant alors je lui dis, non c’est moi qui te remercie. Je ne sais pas très bien de quoi mais la politesse est dans mes cordes.

Un peu plus tôt, on s’avale du choux blanc réchauffé au micro onde. Claire me dit que sa nouvelle colocataire est masseuse. Qu’il arrivera un moment où elle ne pourra pas rentrer à l’heure qu’elle veut si elle est avec un client. Avec Yannick, je fume une cigarette dehors, je lui dis que c’est pas possible qu’il neige un 20 octobre, est ce que tu le crois ? Elle me répond que c’est rare, mais ça arrive. Elle me propose de partir un week-end à la campagne. Chalet, feu de bois, arbres morts et neige sur le bas coté. Je serais parti sur le champ si j’avais bu un verre de plus. "Et tu fais quoi à Noël ? On pourrait se faire un road trip aussi." Qu'elle me dit. Chirstmas est un peu loin mais pas tant que ça. Il semble évident qu’arrivé à un certain âge, on ne subit plus ses Noëls.

Une heure du matin, il reste des clients dans le bar lorsque je vois débarquer Pat. Quelques semaines auparavant je l’avais croisée dans un parc avec Tyler. Elle me raconte sa vie, parfois l’œil larmoyant et moi je songe au nombre de fois où je l’avais vu à Paris, dans ma période zombie, où je la trouvais jolie mais versatile, un peu étonnée qu’elle vive une histoire d’amour avec une fille que je n’avais jamais réussi à faire rire. Elle corrige "On ne dit pas masseuse mais massothérapeute. Ici, masseuse, c'est pour les putes".

En nous voyant assises toutes les deux à des milliers de kilomètres de notre chez nous, la scène m’apparaît comme surréaliste. Un peu comme la réapparition d’un personnage mort dans la saison 1 et qui reviendrait avec différentes intentions dans la saison 3.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Damien sur la pelouse d’Harvard »

20 octobre 2006

Montréal Dernière



Dans ce film, du sang, de la torture, de la culture, des effets spéciaux, des chiens volants, des jolies filles, du tabarnak, de l’alcool, de la bonne musique, un travelling incessant, de l’amour, du rire.

C’était cette nuit. Soirée Atopia – Saboteur Records.
Aux platines : Numéro, I am DJ Sylive, Léo Cruz, et moi-même.

16 octobre 2006

King Ken Théorie

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Edit:
Assurément ça va beaucoup mieux quand j'apprends qu'il reste des King Ken VI Pink Color, disponible.

Le monde se porterait bien mieux si nos préoccupations sentaient le vinyle.

Coeur Qui Soupire...

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Rien n’y fait, à ce foutu moral déclinant, en pente douce. Par la fenêtre, le sac plastique fait corps avec l’arbre qui perd sans conteste ses feuilles.
Je me traîne sous la douche, la buée recouvre les vitres, les miroirs, c’est un dimanche où le soleil peine à se montrer. Col roulé, mains plaquées dans les poches, j’achète un paquet de cookies que j’apporte au Musée Juste Pour Rire, pour essayer du moins.
Le type de l’accueil me demande si je suis de la presse et je rétorque que j’apporte juste quelque chose à quelqu’un. Soit, quatrième étages, ascenseur rouge, accréditation suivez la flèche. On se parle sur le canapé, je lui remonte le moral, lui offre le paquet puis me glisse chez Excentris. Je parle à un écran pour demander une place, je cherche la salle Fellini et puis je me glisse dans le fauteuil.

Dans la Science des Rêves, les acteurs ne sont pas maquillés. Emma DeCaunes en prend pour son grade, Miou Miou prend vingt ans et Chabat vingt kilos. Rien ne nuie à la rêverie, je laisse filer quelques larmes parce que je me vois bien aussi faire l’enfant qui râle ce qu’il veut en se secouant dans un lit qu’on veut pas quitter. Je pleure aussi un Paris que je fantasme et sur lequel j’ai tant craché. Rendez-vous métro de la République, j’aimerais y être en dix minutes.
En sortant, la nuit est tombée, dans la vitrine, une vidéo de danseurs nus, les parties en mouvements. Mood à Z, qui passera probablement, qui passera assurément.


Photo :
Crédit flyer Shortbus.
Soirée pour le Festival du Nouveau Cinéma.

11 octobre 2006

My Dog Eats Beats

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La nuit dernière j’ai rêvé de mon premier appartement. Pas vraiment le premier mais celui qui m’a assuré une certaine indépendance. Là où je me retrouvais après des allers-retours incessants vers Paris, celui où j’ai vécu les premières dépressions, les premières baises dans une mezzanine, le début de la drogue du net et des lecteur DVD. Là où j’avais compris qu’avec mon argent, je pouvais m’acheter tout ce dont je rêvais sans autorité aucune.
Et le fait même d’y avoir vécu quelques heures au sein d’un rêve m’a transporté dans une bulle nostalgique tout au long de la journée, augmentant mon inattention. Je me suis coupé le doigt du fuck. Une lame de plusieurs centimètres enfoncée lentement dans un ongle dur. Je me blesse beaucoup trop ici.

Les radios étant bien misérable au Quebec, je charge Nova sur l’iTunes et m’arrête sur un morceau diffusé en nocturne. Une mélodie saccadée de Console jamais entendue auparavant. Et dans un élan de mono maniaquerie, je l’écoute en boucle le My Dog Eats Beats, parce que c’est justement ça, mon mood du moment.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Vlow sur parking »

09 octobre 2006

Crayonnage part.2

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Je ne sors pas ce soir et c’est bien là mon droit, ou plutôt mon choix, et même ma volonté absolue. Ce soir, je suis fainéante, non ce soir je continue à l’être et je ne fais rien pour arranger ce léger problème d’insociabilité. J’aimerais bien me coller quelques tartes, mais je suis trop résistante à la douleur.

Ce n’est pas bien grave puisque j’ai du rencontrer la personne la plus lubrique de Montréal. Là, assise sur le banc à deux centimètres de moi, elle me demande à quelle heure doit commencer le match de football américain. J’ai bien pouffé en voyant débarquer les joueurs des Sun Youngs, trottinant à la chaîne, en armure de combat, crachant dans les protège-dents en chantant en chœur combien ils vont massacrer l’autre équipe. Il fallait que je vois ça. Elle se demande pourquoi il y a autant de mouettes sur le terrain, qu’il faudra qu’elle vérifie si c’est parce qu’il pleuvra demain. Quel âge j’ai à votre avis ? 70 ans c’est gentils, j’ai 86 ans. Le sport c’est important. Vous verrez dans quelques semaines, la montagne derrière nous, elle va être de toute beauté, les arbres seront de toutes les couleurs. Vous venez d’où ? Vous avez beaucoup de noirs chez vous ?

Je n’ai pas regardé le match jusqu’au bout parce que je ne comprenais pas les règles et que finalement le rugby est bien plus sexy.

Aux Puces du Pop Montréal, je me suis arrêtée devant un stand sur lequel étaient dispersés des cartes postales et des posters. J’ai posé les dollars sur la table pour payer mes dessins coup de cœur puis j’ai demandé à Jack Dylan de m’écrire quelque chose sur celui que je préférais. Celui où un type est couché (raide bourré) faisant la promotion de Kill The Lights au Saphir, juste parce que j’y mixe bientôt et que ça me fait plaisir de constater que le lieu est connu. Par pure flatterie.
Alors pour continuer dans la niaiserie et le pop corn, Colibri s’est acheté un beau vélo rose. Un vélo sur lequel on peut rajouter des centaines d’accessoires, faisant d’un objet utile, une œuvre totalement délirante dans la continuité d’une collection de Blythe ou de toys vinyle.

Jack a le poignet agile, mais Jack est aussi très beau.



Dessin :
Copyright Jack Dylan

05 octobre 2006

Bible Vs Flyer

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Je m’assois sur le banc de bois, alors que l’orgue raisonne de toute sa puissance, dans cette Eglise où les spectateurs n’ont rien de catholique. Gonzales s’amuse à faire glisser ses doigts sur les quatre claviers tandis que sa retransmission se fait sur un écran géant nous faisant rater la plupart des effets de lumière.
A la place des Bibles, sont disséminés des flyers promotionnels et c’est ainsi que j’assiste à la reconversion des Eglises en une immense salle de spectacle pour cause de perte de fidèles. Il est évident que la splendeur de la batisse n’a d’égale que la foi que l’on pouvait porter en Dieu à l’époque de sa construction, mais force est de constater que l’on ne cesse de croire, on croit juste différemment.
Rien d’émouvant à ce concert, juste le désir fou de l’imaginer à Notre Dame, à faire le malin en pianotant du Midnight Express, bien que fort en symbolique.

Pour oublier que les feuilles tombent sur les pavés montréalais, et pour me consoler d’avoir songé à mettre des moufles un soir d’octobre, j’ai adopté Rusty et Wiggs.

Dessin :
Copyright James Jarvis
« Mr Vortigern »

25 septembre 2006

Cancer-21 juin/22 juil

LaDameAuChapeau400

Pendant plusieurs années, j’ai habité à 20 km du sommet du mont Tamalpais, le pic le plus élevé des environs de la baie de San Francisco. Chaque jour, je l’admirais de loin par ma fenêtre ou alors que je me promenais à vélo dans les collines, m’émerveillant de le voir sans cesse métamorphosé par sa relation changeante avec le ciel. C’était une balise à la fois lointaine et familière, une pierre de touche qui suscitait en moi un aspect mêlé d’admiration et à laquelle je pouvais comparer mes propres rythmes ondulants.
Maintenant que j’ai emménagé dans une nouvelle maison juste au pied de cette montagne, j’ai l’impression d’en faire partie, d’être enchâssé dans son aura protectrice et majestueuse. Ce n’est plus désormais un indicateur objectif, mais plutôt une teinte et une texture intimes de mon expérience subjective de moi-même. Je prédis que vous passerez bientôt par une transition semblable, Cancer, passant de « là-bas » à simplement « là », de dehors à dedans, d’une force absorbée à distance à une puissance éprouvée de près.


Lu dans « ICI ». Horoscope de Rob Brezsny.
Un délice n’est-il pas ?

Photo :
Copyright D. Juncutt
« La Dame Du Lac »

24 septembre 2006

Après C'est Fini Les Fonds De Couleur

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L’avantage d’avoir une coloc’ qui ramène ses potes bourrés à la maison à quatre heures du matin, c’est que l’on peut récupérer du bon son sur la table du salon, pendant qu’ils cuvent au petit matin. C’est ainsi que l’iTunes se gave de Ratatat, TV on the radio, Feist Open Season, Gonzales, Koze, Tiefschwarz…
Alors j’encode les compacts disques en sirotant le café soluble, puisque impossible de bien faire fonctionner la machine à expresso, et je juge des musiques que j’aurai été incapable de composer. Je suis de toute puissance puisque seule.

Je retrouve dans mon sac, le flyer d’un show burlesque queer à la Sala Rossa parce que Mel aurait voulu que je prenne quelques photos alors je me souviens l’avoir glissé là, sans trop savoir si je voulais vraiment y aller, sans trop savoir si je voulais vraiment revivre les mêmes expériences noctambules.
Claire me présente ses amies, et je ne peux m’empêcher de trouver toutes sortes de ressemblance avec les gouines de Paris. A contrario, les canadiennes prennent ici un certain plaisir à prendre soin de leurs apparences. Tout est étudié, de la petite chaîne sur le côté, ni trop grosse, ni trop longue, du débardeur qui laisse deviner un tatouage, vieux tribal ou new shcool, de la mèche de cheveux bien positionnée, de la façon de tenir la bière et de ce regard en coin genre « T’es nouvelle toi. » ,qui pourrait me ranger dans deux catégories bien distinctes, une cible potentielle ou un danger imminent.
Je ne me sens ni à l’aise, ni totalement déphasée. J’y reconnais une ambiance familière dans laquelle j’avoue trouver toutes ces filles d’une grande beauté, parce que plus affirmées qu’ailleurs et bien plus ouvertes à tous les styles de lesbianismes. Il n’y a pas de sectarisme entre elles comme on peut le retrouver en France, pays des classes sociales.

Pour finir, MiaMaze, rencontrée à la soirée hard rock de la convention de tatouage de Montréal. Elle a de l’allure sur son vélo, avec ses bottines et son manteau de fausse fourrure. Alors maintenant que je la vois de plus près, je regrette bien fort de ne pas avoir assisté à sa performance de bondage. Cette Suicide Girl Australienne est venue ici par amour, c’est souvent la cause des exils. Je comprends toute la conversation et j’ose même aligner quelques phrases en anglais, qui à mon grand étonnement traduisent mes pensées. De grands progrets qui ne m’empêchent pas encore d'entendre « Ma Burne » alors qu’elle dit « Melbourne »

Photo :
Copyright D. Juncutt
« Cowgirl Claire au Metro Lounge»

17 septembre 2006

Le Temps Detruit Tout

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Culs posés sur le plaid, posé lui-même sur l’humide pelouse. Les habitants virent à coup de sacs où de jambes tendues, les écureuils trop curieux tandis que je les regarde bondir aussi librement qu’un félin s’élance dans la savane.

Chacun profite, à sa façon, du temps qu’il reste, du temps avant le froid, avant la neige. La couleur des feuilles vire au jaune, au rouge sang. Un embrasement naturel.
Des types, probablement gays, sont allongés et exposent leurs slips « moule burnes » alors que les filles osent à peine se dévêtir. Laissant mon épilation à désirer ces derniers temps, j’ai chaud dans le pantalon.

Je lui parle d’avant. J’explique comment on peut être libre et sembler heureuse alors qu’on couvre un profond désarroi.
Oui, tu te souviens de ces instants de célibat où la moindre épave peut finir dans ton lit, pour des baises acides, des rendez-vous foireux, du cybersex dépravé. Souviens toi des matins de beuveries où l’on rentre seule et sale, et qu’on aurait aimé pleurer le quota d’une vie de malheurs sous prétexte que la seule raison qui nous vaut de continuer à exister, c’est notre soif de reconnaissance affective.
Et je sais même que lorsque tu baisses ta garde pour une peau douce, je sais même que tu tomberas de bien haut le jour où ça se finira, parce que chaque jour, si délicieux soit-il, est un jour de plus vers la fin. Tu crois te connaître jusqu’au moment où le goût de ta cervelle parfume ton palais d’avoir survécu au crash d’une rupture faisant s’effondrer tout ce que tu imaginais de ta vie. Il est un constat douloureux que de s'imaginer tout recommencer.


J’aurais pu lui dire tout ça aussi clairement que je me l’écris, mais je métaphorise sur « Le temps détruit tout », sur ce plan fixe du bonheur, Monica Bellucci allongée dans l’herbe. Je finalise par une phrase simple non dénuée de sens: « C'est une bonne chose de ne pas connaître l'avenir.»


Photo :
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« Le monde rose d’Ophelie »

11 septembre 2006

Derrière Le Zinc

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J’ai enfilé pour la première fois en ce début septembre, ma veste demi-saison. Dans ma poche, est abandonnée une pièce de cinquante centimes d’euros. Je joue avec elle, constate son épaisseur, puis la sépare des dollars.

Le froid s’installe déjà, le vent soulève mon écharpe et accélère la consumation de la cigarette, les terrasses disparaissent et les vélos se font plus discrets.

Moi, dans mon bar, au milieu de la pièce, je vois la consommation de café augmenter. Tous les jours on me dit bonjour, on me tape sur le dos, on s’amuse avec moi comme si j’avais toujours été là, comme s’il y avait bien longtemps qu’on pouvait compter sur moi, au milieu des meubles, au milieu des humeurs.

Quatre-vingt pourcent des serveurs sont étudiants. Cinquante pour cents de ces étudiants sont artistes. Ici, les plongeurs enregistrent des albums électroniques et font chanter la cuisinière qui elle-même organise des shows burlesques. Les serveurs ont des groupes de rock ou de drum, les aides cuistots sont danseurs contemporains et le patron tourne des films de gangsters.

Les classes sociales explosent et personne ne trouvera à contester votre travail cache misère, puisque la conscience collective veut et sait que sous chaque employé, se dissimile une force créatrice de la ville et qu’elle finira tôt où tard par éclore dans un des nombreux gratuits à la page culture.

Miss P a dit que la distance permettait de faire un tri dans son cercle d’ami. Je m’attache à ce que je savais des amis alors que beaucoup se détachent de ce qu’ils ne savent plus de moi. Je sais que je reviendrais à Paris renforcée d’une incroyable expérience de vie, qui, par sa puissance, piétinera naturellement bon nombre d’amitiés mais en accroîtra bien d’autres.


Photo :
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« Sunday »

01 septembre 2006

Départ, Set et bébé

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Garpard

Alors le ciel était rouge. En fait pas globalement. Comme des bandes de nuages rouges passés en accéléré qui défilaient. Moi assise à la place du mort dans une Austin Mini, je regarde mon avant-bras gonflé, au lettrage inhabituellement cerclé de rouge. J’opine du chef parce que je sais bien que c’est la fin du monde, et que tout le monde lève la tête sans savoir ce qu’il se passe. Les cons.

Fucking dream. La réalité de mon incroyable piqûre insectivore est bien présente. Peu importe. Mon fly case est prêt.
Premier étage me dit Mary Hell au téléphone -25 cents la minute, magnes-toi) tu verras une grande affiche Choq fm. Je dédie mon set au départ de Miss P, qui a défaut d’avoir laissé des tonnes de bouteilles vides derrière elle, ne comblera pas ce vide interstellaire. Juste un néant en attendant janvier.

Et puis, je doute un instant de pouvoir assister au set de La Cardini au Parking à moins que quelques litrons de bière ne m’en convainquent.

Photos :
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Fête de départ de Miss P. Notre jardin.

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Mimi enlace Miss P.

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No Pics

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Aaron

22 août 2006

America Runs On Dunkin'

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C’est comme cette chanson de The Raveonettes, vous savez, The Heavens. A perfect tune, une balade mélodieuse qui s’associe au décor de la route 91 south, la route vers Boston. Des arbres, des stations services, un river jonction, avec cinq filles francophones en route vers l’appartement de quatre anglophones.

Il faudrait parler des douaniers qui se prennent pour des cow boys, prêts à dégainer en voyant trois blacks débarquer dans leur office. Parler du pays de la liberté, de la liberté d’interdire. Du jeune vendeur de t-shirts « I Love Boston » qui gagne 7 dollars de l’heure et me demande une cigarette parce qu’il pense que la touriste a du fric. Il faudrait parler des kilomètres de rues façonnées pour le shopping, du Macy’s au goût de nos Galeries Lafayette, des infectes Dunkin’Donuts, du parc aux innombrables joggeurs, de l’architecture londonienne aux briques rouges, et des flags américains flottants sur la majorités des demeures. Fiers de quoi ? Leur héroisme s'est arrêté le 6 juin 1944 sur une plage normande.

Mais je ne retiendrais que Cambridge. Le parvis d’Harvard, la plage aux joueurs de fers à cheval, de mon doigt écrasé par une porte, miraculeusement indemne, du barbecue sur le trottoir de la maison garçonnière, de Brian, des chaussettes de Damien, du tacatacata de Miss P.

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All pics
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18 août 2006

Beer And Chips

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La cuisinière parle chewing gum alors je sors mon latin pour communiquer, pas envie de transiger. Je porte les lourds plateaux de verres propres, la vapeur me brûle les mains et mes pieds sont dans l’eau. C’est le lave vaisselle qu’il me dit le jeune, alors je remonte mon pantalon et j’essaye de ne pas penser que je pourrais m’électrocuter.

Manu, mon danseur contemporain, me fait à dîner. Il est précautionneux et attentionné. Il porte une toque « Belle Gueule » parce que « si t’achetait un pichet de bière, on t’offrait quatre casquettes. » Il y a comme ça, des feelings incompréhensibles entre deux êtres. A défaut de le voir cuisiner, j’aimerai le voir danser.

Sur le cellular, je ne comprends rien à l’accent américain, le type marmonne que je peux passer six heures par jour à tester des jeux vidéos pour huit dollars de l’heure.
Les bras tendus sur la barre en bois noir de l’escalier, je réalise mon statut d’immigrée en constatant la bassesse de mes jobs alimentaires, tout en m’offrant le luxe de refuser celui-ci.

La Fresh, le regard brillant nous remercie, le cul posé sur la ferraille de la fenêtre du Laïka. Effectivement on ne se connaissait que très peu, mais se retrouver loin de chez nous c’est se rapprocher de ce qui nous lie. « Un Paris Carte Postale ».

Photo :
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« La Fresh »

08 août 2006

Wall Pink

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Je retire la peinture rose comme du temps où je jouais avec la colle que je laissais sécher dans ma paume. Le marron des murs de la chambre laisse place à des murs couleurs coquille d’œuf et rose. Elle a acheté une peau de bête pour mettre près du lit pour rendre les nuits d’hiver sensuelle.

Dans le jardin, les bougies fondent à une allure folle, et leurs cires s’étalent sur la table en bois autour de laquelle onze amis piochent dans les plats de saucisses, pommes de terres rondelles, aubergines en tranches, chayottes mexicaine, champignons brûlés. Dans les verres, du vin, de la bière, et de la tequila que La Fraîcheur m’a rapporté de France, avec une cartouche de Winston. Je dis que de toute façon, cet hiver, j’arrête de fumer. Je sais que je m’y tiendrai. Je le sais d’autant plus que la loi contre le tabagisme dans les lieux publics est appliquée à la lettre et qu’il me faudrait autant de temps pour m’habiller, éviter de glisser sur les plaques de verglas, retirer mes moufles que la durée de consommation de cette cigarette tant désirée.

A Magog, les maisons sont spacieuses et certains chemins mènent au bord du lac de cinquante kilomètres de circonférence.
Le labrador, secoué à l’arrière de la Subaru, se redresse parce qu’il sait qu’il arrive au paradis. Il galope aussi vite qu’il le peut pour arriver le premier à l’eau. Le ponton en bois et les petits chalets qui ne font qu’un, datent d’une centaines d’années et la dame au chapeau dit que de toute façon, c’est amené à tomber en ruine et que rien n’y fera.

Le soir, les mères fument du H avec leurs enfants et nous racontent comment elles déliraient à l’époque du LSD. Au petit matin, elles nous conseillent de visiter Provincetown, petit port portugais envahi par le théâtre, ses frasques et sa culture gay.
Je me laisse bercer par l’amoncellement de végétation, engoncée dans un profond fauteuil avec vu sur l’eau et sa montagne. Une verdure transcendante qui ne fait pas peur. Je me dis que je pourrais y passer le reste de ma vie.

Photo :
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« Menaic dans le lac »

04 août 2006

Tous les Acadiens...

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Dans mes poches, les billets ont pour portrait la reine d’Angleterre. Je saurais pourquoi lors de la visite du musé de l’Acadie. La guerre entre la France et l’Angleterre, des chicaneries pour conserver des terres causant une déportation massive d’Acadiens francophones afin d’imposer ses pensées, sa langue, son royalisme. À tout prix récupérer des terres qu’on croit siennes.

Plus que d’actualité dans un Liban déchiré. Des causes à effets qui en on fait saigner ailleurs, en tout temps, pour toute occasion, du nazisme aux religions.

J’essaye de savoir si Paris me manque. Alitée, l’œil guettant les éclairs, je m’imagine là-bas. Que ferais-je à cet instant ? Serais-je triste ? Est ce que partir c’est fuir ses démons ?
Je me lève lorsque vous déjeunez, je sors lorsque vous dormez. Des habitudes qui demeurent.

J’achète un vélo, je roule, je veux remonter la selle et puis la baisser. Dix ans au moins que je ne suis pas montée sur un deux roues sans moteur. J’ai mal au cul, les muscles sont tendus. Je prends les rues à contre-sens, j’accroche l’engin où je veux. Le
quartier portugais est une mine d’or où l’on peut trouver tout et n’importe quoi jusqu’à l’inattendu.

Le Piknic Electronique me fait penser aux Pelouses Electroniques. Lorsque j’arrive, la nuit tombe puisqu’un zeste de soleil illumine la structure métallique sous laquelle tout le monde danse torse nu. Les corps sont athlétiques et les looks étudiés. Ils s’excusent de vous bousculer, ils sourient beaucoup et ne vous crachent pas leur fumé à la figure, ils donnent malgré ma légendaire méfiance.

Je voudrais dormir autant que mon corps le peut. Je ressens la fatigue d’une fin de repas de fête, une goinfrerie de nouveauté, un gavage auditif, odorant et coloré.


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Cascade

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Vu sur l'ile de Montréal

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Piknic Electronique

23 juillet 2006

Road Trip

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Set à la Sala Rossa. Les aficionados se trémoussent sur un dance-floor au parquet usé qui ressemble à un quatre heures du matin parisien. Il n’est que deux heures. Les lieux de nuit ferment tôt, les afters sont réservés aux toxicos et aux gigolos.

Venue m’encourager, La Mathilde a les joues fraîches, la pluie a écrasé la chaleur des rues en forme de damier de Montréal. Dj mini me raconte comment elle a fait venir Cardini, The Hacker, Tiga et quand sera programmée Miss Kittin. Alors je colle mes lèvres sur le goulot de la Belle Gueule acide, et j’évite de croquer le verre lorsque j’apprends qu’elle veut me booker.
Une longue et large Chrysler, quatre personnes, Nikon D50 à roder, la carte de la Gaspésie à déplier.
Le western canadien avec des collines à perte de vue, des lacs, des ranchs, des motels, des dégustations de homards. Ce pourrait être le synopsis d’un film de genre de Wes Craven, mais c’est un road trip qui débute ce jour.


Photo :
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« Tag sur le Parking »

21 juillet 2006

Tu Ne Me Manques Pas

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Les orages d’ici n’ont rien à voir avec les pétards foireux d’Europe. Dans ce ciel, ça claque avec franchise alors que les éclairs s’enfoncent sous nos paupières. Le tonnerre fait peur, il fait hurler les alarmes, inonde les foyers et électrocute les baigneurs d’un soir. C’est sous la chaleur lourde et humide que je traverse la ville, la tongue traînante, les bras ballants.

Je ne sais pas quoi mettre dans mon panier en fer. Chez le dépanneur, les bières en lot de douze sont à vingt-deux dollars, les cigarettes infectes pour huit dollars, les paquets géants de croustilles pour quatre dollars sur un rayon entier. A contrario, une panoplie de produits diet, biologiques, organiques, sans trans fat, sans cholestérol, sans goûts font à peine concurrence. Les légumes sont gonflés aux OGM et remplissent le ventre sans faire frémir les papilles. Tomates sans pépins, concombres de la grosseur d’un bras de camionneur texan, oignons ronds comme un ballon de Coupe du Monde perdue.
Dans la chambre, les affaires sont étalées de part et d’autre. La peinture attend d’être étalée sur les murs marrons. Dans la salle de bain, un ouvrier nantais immigré depuis six ans, à l’accent déjà bien prononcé, défonce les murs, et s’active pour finir son travail avant le retour de mon road trip en Gaspésie.

Je mets l’ambiance au Laika. Les clients viennent me voir. L’un me dit « Tu me fais du bien aux oreilles… » Une autre me montre le flyer du Saboteur Ball, l’index posé sur mon nom et me demande si c’est moi. La fille, belle comme un flocon de neige naissante, le bras tatoué comme beaucoup dans la ville, hoche la tête allègrement et retourne danser en gardant le doigt posé sur le carton.
Les miens ne tremblent pas lorsque je pose le diamant sur le vinyle. Je ne ressens aucune pression, je suis transportée dans un océan de bien être, débonnaire, rassurant et bénéfique. Constatant qu’il n’y a aucune barrière entre eux et moi, aucune transgression à parler à l’autre aucune supériorité maladive. Il y a la musique et il y a nous.

Je rencontre des gens comme on peut retrouver de vieux amis. Je suis l’invitée que je n’aurai jamais été nulle part. Il n’est plus affaire de concurrence alarmante comme Paris sait la façonner. Il y a dans cette portion de population riche en débrouille et bidouillage, une générosité arrogante.
Dans un pique-nique improvisé, Sarah-Jane est la meilleure amie de ma colocataire. La « Lady » du clip que nous avons tous du voir au moins cinq fois par jour sur MTV quelques années plus tôt. Mon propriétaire est le song supervisor de Tiresia, et Peaches a manqué de tomber de dix mètres de haut sous mes yeux.
Un séjour name-dropping où l’ego de tous est remis à zéro.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Bd Saint Laurent – Montreal »

18 juillet 2006

Le Lac

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Baignade dans cette eau douce. Nous nous sommes fait foudroyer, au sens propre, par l'orage. Une photo avant que mon appareil photo ne cède d'electrocution. Des mots plus tard dans la semaine. A six heures de Jet Lag de Paris, au moment où mes pieds touchent la roche brune et s'acoquinent avec les poissons, rien ne me fait regretter mon départ.


Photo:
Copyright D. Juncutt
"Le Lac Kenny-Canada"

12 juillet 2006

Welcome to Canada

Arrivée en vie avec un surplus de quinze kilos de bagages. Sept heures de vol, trois films pourris, quatre collations, deux perturbations, un atterrissage réussi. Miss P et Fred les bras grands ouverts. Acheter le matelas et le porter sur 4 blocks sur la tête sous 35 degrés.

Une petite France qui fait de la résistance noyée dans une décoration amerloque ou les bouteilles de cola font 5 litres.
Soirée au Laika, je ne peux pas mixer accable par un jet lag perturbant qui me fait supporter vingt quatre heures d éveil.
Le clavier est querty, les accents peuvent manquer. Prévenir de notre arrivée, puis repartir vers la découverte.

09 juillet 2006

Starting Block

family400

Départ à J-2.

État d’urgence. Je marche entre les valises et les cartons. Il y a des poubelles de fringues qui s’accumulent dans le local et des canettes vides sur le sol.
Le matin, trois ou quatre corps chauds s’entassent dans le salon. Le midi c’est café et pailles d’or, l’après midi collation japonaise, le soir, tequila orange, la nuit embrassade, derniers regards,baisers, s’aimer, partir vite sans marcher dans le vomis.

Je ferme les yeux, dans mon lit, je ne dors pas. Je pense à ce que je vais immanquablement oublier, aux recommandations pour Polly. Rib, compteur électrique, arrosage des plantes, réception du courrier…
Parler, conseiller, échanger pour pas dire tout de suite au revoir.


Photo :
My Real Family

05 juillet 2006

Valises Et Fleurs de Cerisier

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J’entends un oiseau. Dans mon rêve, j’ai pour mission de le choper par le bec, long et fin, et de l’étouffer. Une fois entre mes mains, je le relâche, je ne vois pas l’intérêt. Je me réveille, l’oiseau chante encore plus fort, alors je vais juste atténuer le son en fermant la fenêtre.
Le canapé est inconfortable, une barre dans le dos. Pour venger la chose j’ai laissé ma peau morte colorée sur le drap blanc. « Tu n’as pas bu ton café ? » me dit ma mère déjà pimpante à huit heures du matin. Elle reste debout dans le salon, attend ma réponse que je finis par grogner. « Mais putain pourquoi tu lui as dit neuf heures ? »
Il y a cette petite voix qui me fait la morale matinale « T’aura tout le temps de dormir plus tard, bouges tes grosses fesses et va aider ta mère, tu ne la reverras pas avant un an. »

Je me redresse, essaye d’aplatir l’épi de mes cheveux, avale l’expresso refroidi. Badigeonne mes nouveaux tatouages de crème, ça croûte, ça gratte. J’enfile mon pantalon et elle m’embrasse pour me remercier. C'est si peu d'effort pour moi une fois éveillée.
Le scooter sur lequel je grimpe n’a que quatre kilomètres au compteur. « Je ne peux plus monter dessus, j’ai trop peur depuis l’accident. » me dit-elle. Cinquante-cinq ans, je ne comprends que trop bien.
Je roule sans casque sur la route en sens inverse, et je l’entends hurler d’arrêter ça tout de suite.
Dans la banque, il y a des maillots des équipes du Tour de France. En face de moi, une jeune fille, des boutons d’acnés sur les bras, fait la queue. Son petit copain de vingt ans vient l’embrasser et lui présente sa mère tout droit sortie de la pire usine de confection du monde, le cheveux gras et le regard inquisiteur sur la petite blonde boutonneuse. Elles sont toutes les deux enceintes. Guerre de ventres ronds. C’est une ville où l’on se doit de s’enfuir où de faire des enfants avant la fin de la puberté.
Dans le bureau de ma conseillère je suis devant une directrice d’école. Elle scrute mes comptes et j’ai presque honte d’avoir une vie parisienne, d’avoir dit merde à la oisiveté. Je signe de la paperasse en double exemplaire, elle détruit ma carte bleu sans ménagement, à coup de ciseaux bien affûtés et dépose sous mon nez une colossale somme d’argent liquide. J’ai fermé mon PEL sans peine, lui ai serré la main en lui souhaitant un bon Tour de France. « Nous sommes partenaire vous savez ! » marmonne t-elle fièrement. « Oui biensûr… Je comprends ».

Dans le bus qui roule au GPL, une fierté locale, deux petites racailles regardent mon cœur sacré ailé et l’un deux s’exclament « J’aime bien tes petites fleurs ». Les enfants brûleurs de bagnoles d’antan ont perdu de leur virulence. Où serait-ce moi qui ai pris dix ans ?

Ma valise est si grande que je peux y mettre le corps d’une fille que j’aime. Elle me dit « Ne m'enferme pas j’ai peur. » J’ai peur aussi. Fred me rassure de ses mots à sept heures de décalage. Je lui dis que ce n’est pas si facile. C’est un festival disparate de sentiments qui se croisent, brisent le cœur, nouent la gorge et excitent les papilles. Je suis une fille qui n’a jamais connu les étendues inattendues d’une terre jamais foulée...blablabla...
J'ai des bagages à finir.


Photo :
Copyright D.Juncutt
« Ciblage »

28 juin 2006

Ouais Je Pars Connasse, Et Alors ?

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Epuisée, des cartons à faire, des affaires à ranger, des affaires qui ne sont pas à moi, pas mon passé. De la poussière sur les mains, les bras, celle qui encrasse le jean’s et se glisse sous les ongles. Une feuille de Zurban de l’été dernier entre chaque assiette, alors il faut maintenant protéger les verres, asphyxier les peluches enfantines entre des disques et des vieux films vidéo.

Alors, je me souviens avoir scandé des slogans affreux, je me souviens me foutre de tout le monde, ce monde étalé en rang d’oignons, bien loin de ma première gaypride d’il y a dix ans. Me foutre de la connerie, des dires, des regards, de la fourberie. Traîner les guiboles jusqu’à épuisement, pour gommer de mes semelles, le trajet, là où on ne marche jamais.

Un regroupement lesbien rue des Ecouffe où l’on étouffe. Un attroupement de gay devant les restaurants de falafels. Des coups de membres en sueur sur mes bras nus, dans un Pulp surchargé de filles qui vaut tous les samedis les plus cuisants, les plus barbants pour un tarif élevé et une musique qui occasionne l’acouphène.
Le plus drôle, faire une cuire une marmite de pâtes pour 8 filles affamées, endolories : Polly, Fixmer, Skizzo, Ophé, Isa, Elixie, Sophie et moi.

Courbaturée, c’est un lundi. Je file rue de l’Arbre à Sec, le type de la boutique Street Machine parle nouveau parquet pour le prochain magasin. Il va me chercher les Ethnies, je lui demande si elles vont se faire facilement, je fais quelques pas, du miroir au banc tagué, de la caisse à chez Artoyz.
Envie de tout acheter, tout voler, saccager, embarquer. La vendeuse me fait un clin d’œil parce que moi aussi j’ai remarqué que les clients de devant étaient vraiment emmerdants. Je veux agrandir ma famille In Crowd mais j’adopte Gloomy et Queezer.
Dans la valise, il y aura autant de place pour my toyz family qu’il n’y en aura pas pour la vraie. C’est peut-être ça la définition d’un départ, fuir les terribles constats d’une réalité maussade.

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« Gabriel is Gay »

24 juin 2006

La Parade

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Je verse la vodka rapportée d’Islande dans la bouteille en plastique puis ajoute le jus d’orange frais. Je visse le bouchon, secoue le tout. Je ne trouve pas place, le congélateur déborde de glace alors la glisse entre la salade en sachet dégueulace et les yaourts au soja.
La jupe ne lui convient pas, j’attrape la paire de ciseau et entame la découpe. Le contact de la lame sur le jean’s m’irrite. Je lui dis de mettre des grandes chaussettes roses. Du rose, du rose, du rose. En veux tu en voilà.
Partir à l’heure précise, surveiller l’horloge, attendre Isa et partir préparer la marche chez les Barbieturix, se conformer au dress code, accessoiriser les corps et s’engager dans une marche emplie de démarches. Pas peur de se ridiculiser pour conserver le droit de s’enculer.

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« LGBT 2005 »

19 juin 2006

Bubble Gum Shup

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Je cours vers le tuyau le plus conséquent que je puisse trouver, je l’enlace à en salir mon maillot, à en rayer mon badge « fuck the dog », je pose ma joue dessus, il est blanc crasseux, tagué et stické. Il est un bout du centre Pompidou, un bout de Beaubourg, un morceau de Paris. Je glisse une petite phrase du genre « Je ne t’oublierai pas putain d’acier… ».

Et je retourne vers les filles qui continuent leur marche tranquille devant l’immense pot de fleur moche, mes deux pieds en accord parfait avec les pavés de la Capitale. L’air est chaud, plus agréable que la climatisation forcée du Spaghetti Bar J’ai volé trois fioles de shup bubble gum-vodka, dans l’espoir de les réutiliser vendredi avant d’aller voir Cramé au Pulp, un apéro jouissif poussif avant une dernière gaypride ballonée, rose, en sueur, en transe, à finir huileuse et ignoble sur pellicule. J'ai pissé dans les toilettes qui m'évoque un gout de poudreuse, je me suis éclaboussée d’eau à cause du jet trop puissant, j’ai goûté le wok-poulet, fini par quelques fraises, puis trinqué à la nouvelle vie d’Isa et enfin écouté les mots d’amour de Colibri. Ses cuisses sont humides, je voudrais la violer sur le sofa instable, goûter sa peau, repercer moi-même ses tétons de mes canines.
Affalée à l’arrière de la voiture, je sens les nids de poules remonter la carrosserie, je dis « A droite », « A gauche ». On y est. J’embrasse notre chauffeur, lui demande de regarder cette carte postale aux allures anodines dès qu’elle se sentira mal. Lui promet que tout ira mieux, que tout va déjà mieux.

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« Balance ton cul »

15 juin 2006

Hair Cut

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Ses doigts fouillent mes cheveux humides, je parle à son reflet dans le miroir, lui rappelle comment ils se plaçaient avant le massacre Toni&Guy, « Des trous dans la tête je te dis ! ». Alors elle commence à récupérer le carnage, je m’abandonne à ses mains. Je m’accroche à mon livre que je n’ai pas encore commencé. Posé sur les genoux dans le cas où il aurait fallu subir un temps stérile. Le « Moins Que Zéro » d’Ellis. Fallait bien que j’en lise un, que je commence par y poser les yeux depuis le temps. Pas peu fière d'être la dernière au monde. J’ai pris le moins gros, le moins connu, peu gourmande que je suis.
Des clientes entrent dans le salon où la porte est restée ouverte. L’une parle fort et semble connaître tout le monde. Je la dévisage dans la glace, assiste à son évolution dans la pièce. Elle jette son sac dans les bras d’une stagiaire, fait trembler sa glotte en gloussant, se la joue dindon luxueux, se vautre dans le fauteuil et réclame le massage à quinze euros, comme d’habitude. Son amie lui fait signe de la main et quitte le salon, les épaules légères d’avoir laissé une compagnie bien épuisante.
Quelques mèches mortes se sont échouées sur ma main, je souffle dessus, elles s’envolent. Mon cou pique, le haut du dos gratte, je règle la petite affaire, retourne dans la rue, constate que les clients bcbg du Delaville ont laissé place aux touristes et m’engouffre dans la suffocante station de métro.

Il y a ce type en face de moi qui ressemble à un autre type. Celui-là même qui organisait il y a quelques heures, un pot pour fêter son mariage futur. Deux semaines à attendre avant de se mettre la bague au doigt, l’anneau, le cercle, le lien, la menotte.
Il sert son champagne avec parcimonie dans des gobelets en plastique, au centre de toute la pièce, allègre, le front et la lèvre supérieure suintant. L’assemblée porte un toast à cet évènement dans un grand râle de générosité compatissante, gobe un peu de liquide, s’en suit un long silence assassin.
Je me gratte la tête que je tourne vers une autre familière pour murmurer qu’une cigarette ne serait pas de trop. Etablissement non fumeur. Je me penche à la fenêtre, et je ne peux m’empêcher comme à chaque fois, d’imaginer mon corps ensanglanté gisant sur le sol avec toujours cette même psychotique réflexion intérieure « Ah oui là tu pourrais. »

En fait, je l’aime bien ce type. Lui qui m’a toujours été agréable. Pas très beau gosse, mais agréable dans son genre. Le genre qui a fait une grande école, qui a suivi papa fortuné au Maroc et qui a fini par retourner en France supporter dix ans de buildings orléanais pour enfin trouver donzelle à son gland et se terrer dans un pavillon fleuri. Il conserve un regard optimiste et pétillant bien que sa vison du bonheur me soit totalement étrangère.
Je regarde une dernière fois par la fenêtre, les coudes endoloris par l’encolure limée, respire profondément et songe, saoulée par le verre de trop que « En fait, ça doit faire super mal, je vais plutôt aller chez le coiffeur… »

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« Ce Qu'Est l'Amour »