25 février 2006

Dans La Peau d'un Autre

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Une magnifique Male To Female nous accoste à l’angle de la rue et nous demande le chemin de la rue bidule. L’œil a failli devant l’ouie. Son timbre gras et lourd a trahi son corps qui se veut féminin, doux et tendre. On lui indique la rue, elle nous remercie et on ne dit rien parce qu’on le sait mais surtout parce qu’on la trouvait belle, comme on pourrait dire d’une recette de cuisine qu’elle est bien « réussie ». Il a voulu d’un corps féminin et si j’avais eu la possibilité de faire un don de corps qu’en aurait fait un MTF ?

Il me laisserait pousser les cheveux, redessinerait mes courbes, sculpterait ma silhouette, vernirait mes ongles, m’emmènerait chez l’esthéticienne, chez Zara ou Bretchka, me nourrirait de radis et de tomates et se pavanerait au fucking Paris-Paris en cherchant de quoi se faire tirer sous les airs d’un prince charmant fortuné mais galvaudé.
Il deviendrait Elle et rendrait à mon corps l’image d’une féminité poussée à l’extrême. Il me rendrait belle au-delà de toutes exagérations. Mais nous restons tous maîtres du véhicule de notre âme. Alors on se contente de modifier ce que l’on peut en creusant dans notre idéal esthétique. C’est tellement difficile de ressembler à ce que l'on est à l’intérieur.

Prophète dans l’art de la manipulation du corps et de l’esprit, JT Leroy est mort parce que JT Leroy n’a jamais existé. Une Jet Set en décomposition s’est faite leurrer. Leroy, jeune toxico, sexuellement abusé, mère d’une pute et récemment transitionné, se pavanant avec perruque et couvre chef dans les dîners mondain au bras de Courtney Love ou d’Asia Argento n’était que la demie sœur de Laure Albert, manager du sus nommé. Leroy est né de l’imagination de cette dernière, mère au foyer, qui a pensé bien fort sa paire de couilles pour berner tout un lectorat qui voyait en Leroy, un être torturé, assommé par le malheur, un des plus grand écrivain de sa génération.
Admirative devant cette manipulation, qui reviendrait à sauter à pied joint sur un sac en plastique rempli de fiente, salissant un panel de peoples qui pensent rameuter les écrivains au même rang que les stars cocaïnées du rock. Il y a une grande différence entre ceux qui rêvent leurs vies et ceux qui la vivent. La vraie manipulation naît de celui qui sait écrire.


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« Ecraser Les Chairs »

19 février 2006

Saison 1 - Episode 0

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La télévision est de plus en plus pourrie alors qu’à contrario les séries sont de meilleures qualités. Les mordus des petites perles s’enfilent les épisodes en rafales avant même les diffusions complètes.
Le spectateur ne fait plus confiance aux programmations décousues des chaînes classiques, qui se sont trop foutues de leurs gueules en les faisant miroiter les saisons à venir grâce aux diffusions aléatoires et aux rediffusions à profusions.

Alors ils vont à la pêche à l’inédit et n’attendent plus le bon vouloir des commissions de sélection. D’un Sex In The City, ils s’empiffrent de Six Feet Under, puis Oz, Lost, L Word, Nip Tuck, Desperate Housewives, j’en passe et des moins bon.

Le concept de la série de qualité à la caricature sociale est lancé, il n’y a pas une année sans que l’on découvre une nouveauté censée enterrer la série de l’année précédente. Mort aux tabous, et vive le réalisme sur les angoisses quotidiennes d’une génération qui ne se reconnaît plus dans Dallas.

Sur ce, il faut que j’appelle Candy Bradshow en me faisant coiffer (baiser) par Shane, pour lui dire que Bette s’est fait soigner (baiser) par Jake au milieu d’une jungle humide alors que sa voisine de palier a subi un lifting (fist) par Christian Troy alors même qu’il sortait de l’enterrement de Laura Ingalls, embaumée par Fisher & Sons.


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« FashionTurix #2 »

07 février 2006

Me Saisir

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Comme elle. Pas vue, pas prise.
Trop donner et finir translucide.
Passer en mon travers, ne plus me toucher.
Écouter, gâter, soigner puis baffer.

Faire mon égoïste, tout, pourvu que j’existe.


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« En son centre »

05 février 2006

After Chicken Soup

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La fille, bien plus petite que moi, cela est souvent le cas, dit qu’elle me connaît. Elle me demande une cigarette, pendant que Sab recherche des feuilles, elle me dit qu’elle connaît untelle qui connaît untelle qui me connaît, qu’elle me lit et tout et tout et finit par rouler son petit cône sans m’en offrir.

Trois heures du matin, dans l’immense appartement à l’architecture novatrice, il y en a qui dansent un peu, et beaucoup qui se goinfrent de cuisses de poulets froides ou de choux à la crème. De grands blacks gays nous font la bise, l’autre dit que nous sommes chez le scénariste de Téchiné pendant que la petite me demande si j’ai un sujet choc à lui proposer pour une journaliste de chez bidule.

Les trois grammes que je tiens m’accompagnent jusque dans le lit, qui me fait tanguer. Je passe, repasse, passe et repasse au-dessus du Colibri en boule qui se rend compte que c’est la grande marée dans nos gueules.


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« Lumières Du Sol»

04 février 2006

Podium

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Quentin vient m’ouvrir, je retire mes grosses moufles orange et nous descendons les marches du Queen totalement vide. Les modèles répètent en défilant sans grandes confiances sur l’estrade bancale à certains endroits.

Le Dj prépare ses disques, les serveurs s’éclaboussent en attendant l’ouverture, la climatisation est à fond, la styliste braille qu’il faudra pas rester en backstage durant le défilé, les maquilleuses sont concentrées, la coiffeuse a les yeux bleus, Colibri a très faim pendant que les sylphides s’empiffrent de "fat" food. Je m’enfile les tequilas orange dans des gobelets en plastique bien fermés, « A cause de la drogue du violeur » qu’il me dit le serveur.

Mes pompes n’avaient pas souillé le sol du Queen depuis au moins huit ans. C’était l’époque de la magie des créatures aux échasses, la mode du PD en bombers, la folie des soirées Respect, de la file d’attente à l’entrée, de la physio raleuse et des ecstas planqués dans la chaussette.

Il y a la dame respectable au brushing impeccable qui commande du champagne au bar pendant que son costume cravate de mari reluque les gamines sapées comme des femmes à vendre. L’homme que tout le monde semble connaître tend une capote Agnès B. à Quentin que je lui pique pour garder le gel. La banderole lumineuse nous annonce les soirées à thème et fait penser que le lieu ressemble à une fête foraine plus qu’à la boîte de nuit mythique qu’elle était auparavant.
C’est vilain une boîte qui meurt, parce que malgré les précautions, il n’y a plus personne à violer maintenant.


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« Backstage Défilé Queen fev.06 »

02 février 2006

La Crise

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Utiliser les mots comme des cartouches qui ont l’avantage de ne jamais être à blanc. Ca blesse, pour de bon et sans prévenir.

J’engrange souvent, beaucoup avec tout le monde, une manière simple et cruelle de faire ses réserves. Vannes ouvertes, recracher le flot de ressentiments. Dieu que ça pue la rancœur bien macérée.

Aujourd’hui, je tire à vue d’œil sur ceux qui me prennent pour du gibier. On pourrait bien tenter de me désarmer, si encore on pouvait m’approcher.


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« Naked »