22 mars 2006

La Loge

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Je comprends son anglais mais j’ai peur d’y répondre par manque de vocabulaire, alors je propose juste un café avec ou sans sucre, pendant que Colibri prépare sa tenue et qu’A. prépare le projecteur.

La serveuse a passé une sale nuit, c’est visible à la profondeur de ses cernes bleues genre coup de poing dans la gueule. Elle retire son gilet, fait la fière en exhibant son dragon salement tatoué. Elle me fait attendre quinze minutes pour une bière et un café noir.
Elle me dit qu’elle est fatiguée, qu’ils sont en sous effectif, qu’elle connaît aussi une Suicide Girl mais qu’elle n’est pas sure que s’en soit vraiment une parce qu’elle a une réputation de mythomane, que le soleil arrive bientôt, qu’elle prend ma commande tout de suite promis, que ce soir elle sort encore, qu’elle a oublié ce que je voulais, qu’il parait que la méchante soirée a cartonné, qu’elle pouvait pas venir, que oui elle viendra à la prochaine, qu’elle me sert tout de suite vraiment désolée, que les clients viennent souvent avec leurs gamins le dimanche, qu’elle s’est faite agressée par un type qui voulait pas payer ses verres la semaine dernière, que ça fait cinq euros s’il te plait.
Je pose vite l’argent sur le comptoir écaillé, attrape les consommations, monte sur la scène et m’engouffre dans la loge rouge, au sofa imitation cuir, stickers aux murs.

J’allume une cigarette, les écoute parler, l’une avec un accent français, l’autre italien.
Katia et sa femme débarquent. Brunch dominical, lumière du jour assassine sous la verrière. Je constate que c’est l’une des premières fois que l’on se voit en journée. Il y a pourtant des gens que l’on est destiné à ne croiser que dans les endroits sombres et enfumés, minuit passé. Changer de créneau horaire incombe une certaine vérité, une attitude bien plus pragmatique.

Et puis, le soir, elle me dit, la tête penchée sur son petit agenda rose bonbon, qu’elle sera absente pendant une semaine à cause de ce truc important qui se passe dans le sud de la France. Et je pense tout haut que c’est bien, je vais pouvoir écrire. Je ne faisais pas ça avant, attendre que les gens partent pour me noyer dans les mots. Guetter le calme, vider la pièce, rêver d’une maison au bord de la mer, imprimer les pages, préparer le feutre rouge. Ce doit être la naissance d’un projet adulte nourrit par un rêve d’enfant.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Shorty »

Info : Ouverture de mon site internet >
www.denysejuncutt.com

15 mars 2006

Bold and Blood

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Le tattoo se dessine, le bras immobile, mâchoire serrée, l’encre se mêle au sang, il adviendra un lettrage gothique qui maculera la peau d’un message hurlant bien haut ce que je pense tout bas.
« Si tu as mal là où t’as peur, tu n’as pas mal là où je pense… »
Toujours comme ça, le marquage. Toujours comme ça, la folie des gens qu’il faut lire avant de converser.

Et puis dans le nid, son petit corps se trémousse de poser pour l’italienne. Le colibri n’est pas tombé du nid, mais je veille à ce qu’il ne se fasse pas bouffer par les vautours. Du plomb dans l’aile.


Photo :
Copyright D. Juncutt

09 mars 2006

Ne M'attends Pas Pour Dîner

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La valise n’est même pas faite ni même songée, et déjà, je sais que personne ne m’attendra. Quelle claque que d’imaginer que rien ni personne ne me retient en France.
Mes cauchemars feront-ils aussi le voyage pendant que l’Autre chante « Il était une fois, toi et moi… N’oublie jamais ça. ».

Hier soir, le corps presque noyé dans l’eau sale et froide de mon bain. Les sons mouillés, les palpitations dynamiques et les pores du bout des doigts fripés, je m’endors. Dormir dans son bain c’est vieillir ses empreintes, accélérer le processus pour trouver la paix. Me faire agneau pour étouffer les grognements censés être révélateur de mes peurs.

Photo:
Copyright D. Juncutt
« Record »

06 mars 2006

Friday Night Fever

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Semaine ahurissante aux nouvelles assommantes. Ma femme devient une Suicide Girl pendant que le service d’immigration canadien nous fait officiellement résidentes à compter de juillet.
Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, ni qui prévenir pour voir qui va sourire. A défaut j’invite les gens à danser lors d’une soirée fléchée, au goût fort doré.
A dix mètres au dessus des clubbeurs qui se faufilent, bougent, rient et sirotent. Des artistes qui se bousillent les genoux sur le faux sang glissant, grattent les cordes à s’en limer les ongles, crachent dans le micro, s’enroulent de scotch, font des ronds dans la chaleur, mouillent les vinyles de leurs index… De tout là haut, à côté des spotlights, je pose ma tête sur les bras croisés et contemple avec un plaisir dissimulé, la foule, leurs ravisseurs et leurs détracteurs, que j’ai rêvé, que j’ai acquis.

Là bas, aux pays où l’accent est répugnant, il me faudra tout recommencer. Reconstruire un réseau, refaire confiance, encourager les timides et secouer les vicieux ou l’inverse. Réanimer la scène, les emmener dans mes épuisantes turgescences et ne plus croire que je la seule à vouloir faire bouger les choses avec mes petits outils d’artisantes fêtardes aux pensées bâtardes.
J’aimerai offrir une parcelle de mon ressenti, le disperser telle la fougère qui balourde son pollen.

Photo :
Copyright D. Juncutt

02 mars 2006

AutoPromo

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Vendredi soir c’est ici qu’il faudra être. Parce qu’on s’est donné beaucoup de mal pour concocter un programme riche et spécifique, parce qu’à l’heure actuelle c’est une des soirées lesbiennes qui offre la plus grande diversité artistique pour un public dégagé de toute orientation sexuelle.
Et puis aussi, parce qu’on va bien s’amuser tout de même.

La Méchante Soirée
Vendredi 3 mars
De 20h à 6h
Entrée Libre

La Flèche d’Or
102 rue de Bagnolet
75020 PARIS

+d’infos ici >
www.20six.fr/ttmfprod
http://barbieturix.hautetfort.com