26 avril 2006

Attention à l'Ouverture Automatique Des Portes

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La wagon se prend pour un bateau et tangue de droite à gauche, faisant de mon bras, agrippé à la barre, le seul rempart contre la chute. Debout, la veste militaire trop grande et le pantalon qui tombe sur les converses, je me trouve salement habillée et puis je m’oublie dans la lecture de mon livre, le pouce entre les pages du petit bouquin corné.

Les portes s’écartent, la foule s’engouffre, je me colle contre le strapontin sans d’autre choix possible. C’est bruyant un métro sans les écouteurs dans les oreilles. Parmi les badauds, une jeune femme, l’œil azur comparable à l’idée que je me fais de la tapisserie du paradis. Chevelure noire tombant sur l’imperméable beige, tout à fait le genre de parure d’une Charlotte Gainsbourg. Nez aquilin, grande bouche. Je la regarde, elle ne me voit pas, elle me regarde, je ne la vois plus.

Je cherche un moyen de lui faire entendre combien je la trouve jolie. Comme chaque matin, je me sens oppressée, collée aux inconnus des transports en commun, avec leurs têtes d’opportunistes. Promiscuité involontaire qu’on fait payer à coup de coudes dans le ventre, de « je te pique la place », de « magnes-toi connasse » mais qui parfois nous offre la chance de voyager avec quelques beautés auxquelles on n’osera jamais leur avouer toute leur beauté.
Quand bien même j’oserai, pour qui je passerai ? Les compliments sont parfois aussi violents que des claques dans la gueule.


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“Beer & subway”
Série "Cube 2006"

16 avril 2006

Viande Premier Choix

opheliesg8440

L’hypocrisie, ça fait toujours beaucoup de bruit. Elle arrive avec ses sabots et ses grelots et se cogne dans tous les coins et recoins de la gentille parole. Elle déclenche avec elle, un débit de paroles à l’intérêt significatif qui n’avait pas lieu d’être auparavant.
Elle a beau dire que je lui porte chance, je reste persuadée qu’on ne peut apporter d’aussi bonnes choses à quelqu’un qui représente autant le bonheur.
Elle devient soudainement intéressante, brillante, jolie, intelligente et charmante, parce que sur ce qu’elle est déjà, sur ce que je savais déjà d’elle, on a collé l’étiquette qui brille les yeux, qui fait « hum ah oui » dans la bouche, qui fait des bruits mouillés dans les oreilles, qui chauffe le sexe et fait s’humidifier la fine couche de la culotte.
Oui depuis que Colibri est officiellement une Suicide Girl, on y trouve un soudain intérêt. J'attends le moment où je me ferai beaucoup de nouveaux amis.
« C’est vrai qu’on est mal assis là… »

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« Viande Premier Choix»

14 avril 2006

Un Bout de France

verdure400

Sur la table, un chandelier qui supporte quatre bougies blanche, faisant ton sur ton avec la nappe et les serviettes et puis les murs aussi.
De vieilles commodes, et plusieurs bibliothèques pour la décoration et une bande sonore gainsbourienne. Il suffit d’un rien pour se sentir bien.
Hôtel du Nord, dîner chic et pas cher où l’on ne s’étonne plus de voir défiler le spectre d’Arletty. Atmosphère, atmosphère bien agréable lorsque l’on déguste le vin. J’évite d’envoyer la fumer vers le corps de future maman d’E, pendant qu’elle nous expectore ses fantasmes inconvenants. C. énumère la liste des groupes qu’il a vu à l’époque du Palace, l’histoire de cette jeune fille qui ne pouvait pas rentrer et qui avait eu le culot, un soir, d’arriver avec un grand cheval blanc. La traque de Begbeider pour le prochain livre de P.A., de comment c’était magique l’Island, la tête pleine de boue bleue avec le corps plongé dans l’eau crème sur un panorama lunaire. Seb claque sa démission comme une grosse baffe d’un restaurant récupéré par un auvergnat qui privilégie les recettes financières aux recettes gourmandes. Il dit que se sera fort agréable d’échanger une clientèle friquée contre celle du Palais de Tokyo, un semblant plus arty.
Je leur raconte comment je créé encore un nouveau projet et comment j’emmerde ceux qui pensent que se disperser, c’est étaler ses talents.

Je profite de chaque visage comme on attrape les miettes de pain du bout de l’index. Je m’empiffre d’anecdotes, je respire la vue d’un canal Saint Martin sur lequel les lumières orangées de la ville se reflètent. J’attrape la main de Colibri en lui soufflant que je voudrais bien lui rejouer la scénette d’une Arletty grande gueule mais amoureuse. Et puis je lui murmure combien se sera formidable, ce road-movie Canadien, de jouer la djette avec le label Saboteur, de retrouver le rire généreux de Miss P., d’oublier les gens d’ici rien qu’un peu pour certains, rien qu’énormément pour d’autres.


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« Verdure »

06 avril 2006

La Méchante Promo

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Bla bla bla
Gloup Gloup Gloup
Scritch Scratch
Miam Miam
Oh Ah
Hum Hum
Gring Gring
Tchic Tchic Tchic
Toc Toc
Chin Chin
Pouet Pouet et Tralalalère.

Onomatopées à décoder à La Méchante Soirée du Vendredi 7 avril de 20h à 6h, encore et toujours à La Flèche d’Or.
C'est gratos, c'est RockElectroShow, c'est cité dans "Elle à Paris", c'est filles et garçons de tout bords...
Venez au moins pour en dire du mal.

Toutes les infos supplémentaires sur www.20six.fr/ttmfprod.

04 avril 2006

Même pas mal

junytatou


Ca sent le désinfectant à peine avoir posé le pied sur le sol en contre bas. La petite clochette a avertie toute la boutique de mon arrivée en buttant contre la porte. Le manager, la dent pétée, déplace le rendez-vous d’une midinette qui veut se faire tatouer un coquelicot sur la fesse pour y mettre un grand type qui attend sa titularisation pour se faire piquer, il est flic. Il dit avec l’accent sudiste que « les collègues de Marseille, ils viennent tous chez Tin-Tin et qu’ils sont drôlement fières… »

J’enfile mon t-shirt, les mains moites, l’air décontracté, l’air d’en vouloir, l’air de j’ai pas peur. Il pose mon bras le long du corps, trace la symétrie parfaite au feutre rouge et pose le calque. Pas bouger, pas respirer. J’attends que ça sèche, je voudrais me laver les mains, je cherche l’évier et n’ai pas le temps de rêver à une lingette que Romain me place sur le fauteuil. Ca visse à droite, ça visse en bas. Il emballe la table, le pistolet, la lampe, l’accoudoir, les fils. Enfile ses gants, choisit l’aiguille, dépose le l’encre dans le petit gobelet jaune. A l’aide de son pied posé sur la pompe, il réveille la machine, me regarde droit dans les yeux et me dit qu’il faut y aller maintenant. Noisette de vaseline, aiguille dans la chair, essuyage. Dans l’ordre et aussi vite pendant une heure et demie. Il me dit « T’as pas mal ? » je réponds, « J’ai pas mal. ». Je mens toujours très bien.
Douleur étonnamment sensuelle. Ca suinte, ça saigne. Il pique encore, il retouche, frotte et puis me susurre « J’suis content, j’ai fait un plus beau lettrage que Navette ! ».
Dans la même pièce, le jeune apprenti fait de la soudure, un type dessine un dragon, une femme allongée se fait tatouer un petit truc sur la cheville, on entend une chanson prémonitoire, « Paris, Paris, je te quitte » de Camille. On monte à l’étage pour faire une photo, puis deux, puis trois, c’est dans la boîte.
Bras emballé, qui chauffe, qui tire. Je lui tends les billets fraîchement sortis du distributeur. « Ils sont tous neufs » qu’il s’étonne. Je rétorque : « A travail propre, argent propre »


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« Se la raconter »