26 mai 2006

Au Programme Ce Jour

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Je m’allonge sur le canapé, en pyjama, les cheveux en bataille, bien moche, rien à foutre. Je me demande pourquoi je me suis levée aussi tôt. Plus de café soluble, reste un sachet de capuccino trop sucré, que je bois quand même en grimaçant. Je laisse l’itunes connecté sur Nova, et je m’arrange pour baisser le son des publicités. Je déteste les publicités de la radio, elles sont ringardes, inintéressantes, stressantes. Elles répètent dix fois le nom du produit, elles ont des musiques à gerber, je crois bien que je pourrais tuer sous l’influence d’un jingle. Ca me déconcentre, mais je ne sais plus quoi écouter, et j’ai encore plus la flemme de mettre un vinyle. Allumer l’ampli, les platines, la table de mixage, choisir, poser, écouter et puis se relever pour changer la galette.

C’est la journée de la loose, je reste alitée, le gros livre à la main. Personne devant l’écran, ni sous la douche, et encore moins dans la cuisine. Quelques sms disent « Soleil, randonnée, je me baigne, je pense à toi mon cœur », et ça me rassure sur cette solitude à court termes. J’aime l’odeur des pages, encore plus celles des livres de poche, les J’ai lu, les 10-18… Je respire calmement, je m’imprègne du personnage, je me glisse en lui et comprends qu’il puisse être un connard fini, un amant romantique, un lâche repenti, une putain à l’os de raton, une libertine de Tokyo, une adepte de la potomanie. Comprendre c’est mieux aimer, il n’y a pas à dire. Je dis souvent que « je ne cautionne pas, mais je comprends ». Ce qui sous entends que j’aurai tout aussi bien agit comme ça si j’avais été lui. Mais que puisque je suis bien moi, ce qui englobe un tas de phénomènes parallèles, je n’agirais pas ainsi.

Je charge les batteries de l’appareil photo, réfléchi à l’installation du drap rouge, et je réécoute le message de Vanessa, des Chimères, qui me demande si ça ne me dérange pas qu’elles soient habillées par une styliste rencontrée via internet. Je trouve ça classe qu’elle s’inquiète de savoir ce que j’en pense. Je vérifie que le champagne est toujours au frais, et puis je me rappelle que Polly va ramener ses fesses jeudi soir, pour qu’on aille ensemble chez Daphonics. Faire les autistes en sélectionnant des nouveautés électro pour notre set à La Méchante Soirée. Le champagne sera probablement englouti.

Flo n’a pas rappelé, non rien. Je voulais faire le voyage dans l’Oise avec elle, comme la dernière fois où j’allais rater le train à une minute près et où je voyais ma cage thoracique se fendre de respirer si fort, la gorge brulante, le souffle court.
Comme mon téléphone est aussi férié, je déroule le tapis en mousse orange, sors les poids de deux kilos et commence à m’agiter comme si je savais parfaitement ce que je faisais. Travail des jambes, des abdominaux, et pour finir des bras. Je voudrais m’acheter une barre avec des poids réglables, mais je trouve ça absurde de dépenser dans un accessoire que je ne pourrais pas emporter à Montréal.
Mon doigt glisse sur les DVD dans l’espoir dans trouver un qui me donne envie. J’abandonne. Plus jeune je pouvais regarder dix fois le même film sans m’en lasser. J’étais excitée à l’idée de savoir que les scènes que j’aimais allaient arriver. Aujourd’hui, c’est tout juste si je tiens deux heures en place. A ne rien faire, j’en deviens très prolifique sur le blog.
Finalement, les jours fériés, c’est comme les dimanches… En pire.


Photo:
Copyright D. Juncutt
"Le canapé rose"

24 mai 2006

Déchire Pas Le Papier Cadeau

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« C’est que je t’attendais à mon anniversaire… » Qu’elle m’écrit La Helleu. Je révulse mes yeux, histoire de nettoyer la cornée abimée par cette lecture. Même pas j’étais au courant.

J’imagine que les prétextes qu’on aurait pu me sortir, si j’avais été l’hôte de ma fiesta champagne-bougies, auraient tous ricoché contre mon armure gravé d’un « Ne me dite même pas. »

Quelques mois plus tôt, je faisais briller le comptoir de beaucoup de bars où la très forte musique forçait nos bouches à se coller aux oreilles. Pas très hygiénique et en plus ça fatiguait bien trop les poumons déjà endommagés par la nicotine, histoire de se donner un genre quand je ne faisais pas l’effort de pencher la tête. Il n’y a pas à dire, la cigarette, ça donne une contenance. Ca donne un air de voyous aux garçons incertains et une aisance fatale aux femmes qui plient le coude comme il faut.
Malgré tout, rester sans parler dans une boite de nuit, ça fait vautour. Il y avait donc les moments où je laissais les gens me parler, et où je sortais deux ou trois blagues pour faire augmenter mon taux de sociabilité. « Ce qu’elle est sympa quand même Denyse ». Merci, je travaille beaucoup pour ça.

J’ai bouffé trop de soirées où je pensais sincèrement m’amuser et rencontrer des gens intéressants qu’au bout de quelques mois, j’ai finis par ne plus faire l’effort. Ni de rire, ni de me déplacer. Aux yeux des inconscients, comme je devenais moins drôle, je devenais plus conne. C’est marrant comme un jour on vous mange dans la main et que le lendemain on vous renvoie la béqué. Emilie et moi, nous étions devenues des filles « malsaines ». Le banc en bois du Troisième Lieu se fendillait de sentir les vibrations de nos culs à tant rire. J’avais osé pénétrer ma copine sous l’angle affuté d’une caméra tenue par la Blonde.

Le rictus en érection, j’ai débandé en quelques semaines. Je suis restée malsaine dans mon coin et j’ai commencé à écrire pour de vrai. Un truc long, qui prend du sens, qui tient sur une page, puis deux, puis trois… Des mots sans aucune influence, une encre profondément acérée comme si j’avais mis vingt-sept ans à la tailler.

J’ai vidé mes contacts aussi efficacement que l’acide perse un trou dans la peau. Plus de traces, juste un peu détérioré sur les côtés.

Un soir de Méchante Soirée, la Helleu débarque de nulle part et me claque les fesses. « Je t’ai reconnue à ton tatouage » qu’elle me dit. Elle avait de la chance, il arrivait que je ne me reconnaisse pas moi-même dans la glace depuis quelques temps. Chevelure courte dorée, vêtements d’un blanc féerique, un verre de champagne à la main, José Levy pas très loin.

Pause. Etrange sensation de déjà vu. Un truc qu’une vraie malsaine ne pourrait pas imaginer. Un truc qui sent les épines sur le front, un truc au gout d’hostie dans la bouche. C’était l’ange Gabriel dans Constantine. Personne derrière elle, ses longues ailes valaient toute la place de la Flèche d’Or.
Play. Elle venait de me réconcilier avec les gens de la nuit, avec un simple sourire et une discussion que j’aurai désirée bien plus longue. Je l’ai tout de suite enroulée dans du papier cadeau, et classée dans la catégorie de ceux qu’il ne faut pas oublier, avec ses similitudes à la Gisèle : Les marmots, les hommes, les mots. Ressembler à Gis est, bien entendu, un signe d’excellence.
Je trouvais son approche intéressante, gratuite et sincère avec son flot de compliments que jamais je n’oserais dire à quiconque.

Un joyeux anniversaire à toi, la blanche Cécile des nuits noires.

Photo: Copyright D. Juncutt
"Retour en taxi"

23 mai 2006

Etes-Vous de Vouloir Supprimer Ce Fichier ?

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J’ai porté le mouchoir à mon nez mais j’ai tout de même du sang sur mes doigts. Ca me rappelle la garce qui m’offrait la possibilité de fragiliser mes cloisons avec sa coke à disposition. J’en ai baladé des grammes entre mes nichons pour elle. Lui rendre service était me rendre sévices.
C’était peut-être ça que je pleurais lorsqu’elle m’a porté le coup de grâce, un dimanche soir par téléphone. L’arme de fin de parcours de tous les lâches. Avec le recul nécessaire, je constate que ce n’est pas elle que j’ai aimé. J’étais amoureuse de mon état. Comment tomber en amour pour une fille qu’il faut fister dès le premier soir. Un rapport alcoolisé où l’inégalité de la discussion ressemblait à un discours spirituel de bas étage.
Une simple image peut engendrer un tas de souvenirs, son avant, son après et sa réflexion ultime.
J’oublie les noms des filles que je croyais aimer, mais jamais leurs visages. C’est ce qu’on appelle la mémoire sélective. Faire de la place pour se laisser pénétrer pour de vrai. Engrossé par les émotions et les gueules qui valent la peine qu’on « stricte pause » sur eux.
Je ne me souviens pas du cœur qui battait fort comme on peut saliver en pensant à un citron. Ca ne se reproduit pas sur commande, bien loin d’une érection subite. Mon cœur est exclusif et il me fait comprendre que la dernière fille entre mes doigts est la meilleure.

J’ai glissé ma main froide entre ses cuisses, trouvant le prétexte surréaliste de vérifier la douce épilation brésilienne. Je m’attarde sur le capuchon pour ne pas trop y aller violement. Collée à son dos, elle attrape le bas de mes fesses et me presse sur son cul chaud. Ce salaud de réveil nous convoque à la réalité, alors je retire mon corps et me dégage de son parfum comme un aimant qui se détache avec une certaine résistance.
C’est là que le mouchoir est rouge, que je cherche des explications et que je présume un manque de magnésium, rien d’aussi grave qu’un passé où je croyais avoir aimé toxicos, mythos ou anorexiques.

Je regarde son cul pressé se balader dans la chambre comme la truffe d’un chien suit le mouvement d’une saucisse qu’on tient entre le pouce et l’index. Je suce mon doigt, je salive.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Autoportrait – Gentille-Méchante »

14 mai 2006

M'as Tu Vu ?


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Pour ma part, ça s'est passé ainsi. Mauvaise qualité vidéo car compression difficile, mais ça donne un aperçu de la chaleur de La Méchante Soirée.

Enorme pression qui donnait à penser qu’on ne se serait pas autant lâchée qu’à l’habitude. Et puis, on s’est laissé porter, et puis, on a fini à cinq heures du matin sur les banquettes roses, l’une nue, une autre qui finissait ma coupe de champagne abandonnée, une autre qui se demandait à qui appartenait cette loque qu’elle tenait dans la main.

La prochaine et dernière sera le vendredi 2 juin, autant vous dire que le programme est prometteur. Autant vous dire aussi, que si vous ne venez pas, vous aurez raté l’ultime chance de participer à ce spectacle puisque Les Très Très Méchantes Filles vogueront à de nouvelles aventures internationales telle l’équipée sauvage en proie à des expériences d’un autre genre.

07 mai 2006

Odeur d'Erable

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La pile de papiers, factures, quittances, impayés, commence à dépasser le mètre cinquante. A peine levée, je m’assoie sur le tapis en mousse qui supporte ma gymnastique quotidienne, je m’y remets enfin, et je me fais un solitaire avec l’administration française.
Pochettes EDF, téléphone, loyers, impôts, certificats de travail : je trie, je classe, je jette.
Je me redresse, fière de m’être débarrassée de ce courrier en suspens, que je claque tous les jours sur la pile en jurant de l’ouvrir plus tard. Plus tard c'est toujours trop tard.

Je télécharge Google Earth. Un bijou de logiciel avec lequel on peut se prendre pour un agent de la CIA. Le globe terrestre s’ouvre à moi. Premier reflex, je tape Montréal. La sphère en mouvement se dirige vers la ville. Je clique sur Mont Royal - Le Plateau. Ca bouge encore. Ca se précise. Je peux cliquer au plus près sur les rues, et je vois même la couleur des voitures garées dans ma future rue. Un plan au plus près de l’intime, qui je suis certaine, doit être une mine d’or pour les chasseurs de terroristes en action. Qu’on arrête donc de ce foutre de nos gueules en massacrant des villages entier pour trouver l’ennemi public numéro 1, alors que je peux repérer moi-même le garde noisettes d’un écureuil.

Métro peu chargé, un maillot plutôt voyant et un tatouage bien en évidence me vaut des regards étonnés. J’adore les cons. Saint Michel ressemble à l’Italie. Je suis poursuivie par ce pays depuis quelques temps, dans mes lectures: Nicolas Fargues, dans la nourriture: tomates mozzarella, dans les accessoires: Gucci bellissima, dans les médias: arrivederci Berlusconi !
Je n’aime pas les italiens, et je ne sais pas pourquoi, peut-être parce qu’il parle plus fort que moi, mais beaucoup de choses tendent à me faire comprendre le contraire.

Au 29 de la rue de la Parcheminerie, Fsens et sa chérie sont debout entre deux grandes piles de livres anglo-saxons. Colibri tient dans la main la bible du français au Canada, un besoin fondamental selon elle, pendant que le propriétaire, vieux beau à l’accent de Toronto me propose un thé à l’érable. Fsens nous fait visiter une autre librairie à deux rues de celle-ci, dans laquelle l’espace au sens propre du terme, n’existe pas. Deux clients à peine peuvent tenir entre les magazines, les vieux journaux, les livres d’art contemporains, les reproductions de peintures. Je n’ose pas toucher un livre, de peur de voir la boutique s’effondrer. La caverne d’Ali baba existe belle et bien.

Mon doigt sur son ventre plat, je dessine à l’encre imaginaire un lettrage et des cerises old school qu’on y verrait bien. Et puis sur mon bras, de la même encre, je trace les fleurs de lotus où de cerisier que j'imagine fleurir en rose et en rouge pour compléter l’avant bras et donner l’occasion aux voyageurs des transports en commun, de regarder autre chose que leurs reflets dans les vitres.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Sol Rose »