23 juillet 2006

Road Trip

Image Hosted by ImageShack.us

Set à la Sala Rossa. Les aficionados se trémoussent sur un dance-floor au parquet usé qui ressemble à un quatre heures du matin parisien. Il n’est que deux heures. Les lieux de nuit ferment tôt, les afters sont réservés aux toxicos et aux gigolos.

Venue m’encourager, La Mathilde a les joues fraîches, la pluie a écrasé la chaleur des rues en forme de damier de Montréal. Dj mini me raconte comment elle a fait venir Cardini, The Hacker, Tiga et quand sera programmée Miss Kittin. Alors je colle mes lèvres sur le goulot de la Belle Gueule acide, et j’évite de croquer le verre lorsque j’apprends qu’elle veut me booker.
Une longue et large Chrysler, quatre personnes, Nikon D50 à roder, la carte de la Gaspésie à déplier.
Le western canadien avec des collines à perte de vue, des lacs, des ranchs, des motels, des dégustations de homards. Ce pourrait être le synopsis d’un film de genre de Wes Craven, mais c’est un road trip qui débute ce jour.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Tag sur le Parking »

21 juillet 2006

Tu Ne Me Manques Pas

Image Hosted by ImageShack.us

Les orages d’ici n’ont rien à voir avec les pétards foireux d’Europe. Dans ce ciel, ça claque avec franchise alors que les éclairs s’enfoncent sous nos paupières. Le tonnerre fait peur, il fait hurler les alarmes, inonde les foyers et électrocute les baigneurs d’un soir. C’est sous la chaleur lourde et humide que je traverse la ville, la tongue traînante, les bras ballants.

Je ne sais pas quoi mettre dans mon panier en fer. Chez le dépanneur, les bières en lot de douze sont à vingt-deux dollars, les cigarettes infectes pour huit dollars, les paquets géants de croustilles pour quatre dollars sur un rayon entier. A contrario, une panoplie de produits diet, biologiques, organiques, sans trans fat, sans cholestérol, sans goûts font à peine concurrence. Les légumes sont gonflés aux OGM et remplissent le ventre sans faire frémir les papilles. Tomates sans pépins, concombres de la grosseur d’un bras de camionneur texan, oignons ronds comme un ballon de Coupe du Monde perdue.
Dans la chambre, les affaires sont étalées de part et d’autre. La peinture attend d’être étalée sur les murs marrons. Dans la salle de bain, un ouvrier nantais immigré depuis six ans, à l’accent déjà bien prononcé, défonce les murs, et s’active pour finir son travail avant le retour de mon road trip en Gaspésie.

Je mets l’ambiance au Laika. Les clients viennent me voir. L’un me dit « Tu me fais du bien aux oreilles… » Une autre me montre le flyer du Saboteur Ball, l’index posé sur mon nom et me demande si c’est moi. La fille, belle comme un flocon de neige naissante, le bras tatoué comme beaucoup dans la ville, hoche la tête allègrement et retourne danser en gardant le doigt posé sur le carton.
Les miens ne tremblent pas lorsque je pose le diamant sur le vinyle. Je ne ressens aucune pression, je suis transportée dans un océan de bien être, débonnaire, rassurant et bénéfique. Constatant qu’il n’y a aucune barrière entre eux et moi, aucune transgression à parler à l’autre aucune supériorité maladive. Il y a la musique et il y a nous.

Je rencontre des gens comme on peut retrouver de vieux amis. Je suis l’invitée que je n’aurai jamais été nulle part. Il n’est plus affaire de concurrence alarmante comme Paris sait la façonner. Il y a dans cette portion de population riche en débrouille et bidouillage, une générosité arrogante.
Dans un pique-nique improvisé, Sarah-Jane est la meilleure amie de ma colocataire. La « Lady » du clip que nous avons tous du voir au moins cinq fois par jour sur MTV quelques années plus tôt. Mon propriétaire est le song supervisor de Tiresia, et Peaches a manqué de tomber de dix mètres de haut sous mes yeux.
Un séjour name-dropping où l’ego de tous est remis à zéro.


Photo :
Copyright D. Juncutt
« Bd Saint Laurent – Montreal »

18 juillet 2006

Le Lac

Image Hosted by ImageShack.us

Baignade dans cette eau douce. Nous nous sommes fait foudroyer, au sens propre, par l'orage. Une photo avant que mon appareil photo ne cède d'electrocution. Des mots plus tard dans la semaine. A six heures de Jet Lag de Paris, au moment où mes pieds touchent la roche brune et s'acoquinent avec les poissons, rien ne me fait regretter mon départ.


Photo:
Copyright D. Juncutt
"Le Lac Kenny-Canada"

12 juillet 2006

Welcome to Canada

Arrivée en vie avec un surplus de quinze kilos de bagages. Sept heures de vol, trois films pourris, quatre collations, deux perturbations, un atterrissage réussi. Miss P et Fred les bras grands ouverts. Acheter le matelas et le porter sur 4 blocks sur la tête sous 35 degrés.

Une petite France qui fait de la résistance noyée dans une décoration amerloque ou les bouteilles de cola font 5 litres.
Soirée au Laika, je ne peux pas mixer accable par un jet lag perturbant qui me fait supporter vingt quatre heures d éveil.
Le clavier est querty, les accents peuvent manquer. Prévenir de notre arrivée, puis repartir vers la découverte.

09 juillet 2006

Starting Block

family400

Départ à J-2.

État d’urgence. Je marche entre les valises et les cartons. Il y a des poubelles de fringues qui s’accumulent dans le local et des canettes vides sur le sol.
Le matin, trois ou quatre corps chauds s’entassent dans le salon. Le midi c’est café et pailles d’or, l’après midi collation japonaise, le soir, tequila orange, la nuit embrassade, derniers regards,baisers, s’aimer, partir vite sans marcher dans le vomis.

Je ferme les yeux, dans mon lit, je ne dors pas. Je pense à ce que je vais immanquablement oublier, aux recommandations pour Polly. Rib, compteur électrique, arrosage des plantes, réception du courrier…
Parler, conseiller, échanger pour pas dire tout de suite au revoir.


Photo :
My Real Family

05 juillet 2006

Valises Et Fleurs de Cerisier

Image Hosted by ImageShack.us


J’entends un oiseau. Dans mon rêve, j’ai pour mission de le choper par le bec, long et fin, et de l’étouffer. Une fois entre mes mains, je le relâche, je ne vois pas l’intérêt. Je me réveille, l’oiseau chante encore plus fort, alors je vais juste atténuer le son en fermant la fenêtre.
Le canapé est inconfortable, une barre dans le dos. Pour venger la chose j’ai laissé ma peau morte colorée sur le drap blanc. « Tu n’as pas bu ton café ? » me dit ma mère déjà pimpante à huit heures du matin. Elle reste debout dans le salon, attend ma réponse que je finis par grogner. « Mais putain pourquoi tu lui as dit neuf heures ? »
Il y a cette petite voix qui me fait la morale matinale « T’aura tout le temps de dormir plus tard, bouges tes grosses fesses et va aider ta mère, tu ne la reverras pas avant un an. »

Je me redresse, essaye d’aplatir l’épi de mes cheveux, avale l’expresso refroidi. Badigeonne mes nouveaux tatouages de crème, ça croûte, ça gratte. J’enfile mon pantalon et elle m’embrasse pour me remercier. C'est si peu d'effort pour moi une fois éveillée.
Le scooter sur lequel je grimpe n’a que quatre kilomètres au compteur. « Je ne peux plus monter dessus, j’ai trop peur depuis l’accident. » me dit-elle. Cinquante-cinq ans, je ne comprends que trop bien.
Je roule sans casque sur la route en sens inverse, et je l’entends hurler d’arrêter ça tout de suite.
Dans la banque, il y a des maillots des équipes du Tour de France. En face de moi, une jeune fille, des boutons d’acnés sur les bras, fait la queue. Son petit copain de vingt ans vient l’embrasser et lui présente sa mère tout droit sortie de la pire usine de confection du monde, le cheveux gras et le regard inquisiteur sur la petite blonde boutonneuse. Elles sont toutes les deux enceintes. Guerre de ventres ronds. C’est une ville où l’on se doit de s’enfuir où de faire des enfants avant la fin de la puberté.
Dans le bureau de ma conseillère je suis devant une directrice d’école. Elle scrute mes comptes et j’ai presque honte d’avoir une vie parisienne, d’avoir dit merde à la oisiveté. Je signe de la paperasse en double exemplaire, elle détruit ma carte bleu sans ménagement, à coup de ciseaux bien affûtés et dépose sous mon nez une colossale somme d’argent liquide. J’ai fermé mon PEL sans peine, lui ai serré la main en lui souhaitant un bon Tour de France. « Nous sommes partenaire vous savez ! » marmonne t-elle fièrement. « Oui biensûr… Je comprends ».

Dans le bus qui roule au GPL, une fierté locale, deux petites racailles regardent mon cœur sacré ailé et l’un deux s’exclament « J’aime bien tes petites fleurs ». Les enfants brûleurs de bagnoles d’antan ont perdu de leur virulence. Où serait-ce moi qui ai pris dix ans ?

Ma valise est si grande que je peux y mettre le corps d’une fille que j’aime. Elle me dit « Ne m'enferme pas j’ai peur. » J’ai peur aussi. Fred me rassure de ses mots à sept heures de décalage. Je lui dis que ce n’est pas si facile. C’est un festival disparate de sentiments qui se croisent, brisent le cœur, nouent la gorge et excitent les papilles. Je suis une fille qui n’a jamais connu les étendues inattendues d’une terre jamais foulée...blablabla...
J'ai des bagages à finir.


Photo :
Copyright D.Juncutt
« Ciblage »