22 juin 2007

SK#147

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« Ma fille, je te donne sept jours pour te remettre. »

C’est ce que je me suis dit dimanche soir après avoir déballé, dans son intégralité, mon cœur pourri, sur un bout de table branlante du Marais. Sans convenance. Se lamenter une dernière fois sur la petite table jaune alors que tout avait commencé sur des petites bottes bleues.

Il n’y a rien de pire que de se retenir. Ça vaut pour tout et ça prend tout son sens en amour.

Ce moment-là, coincée entre une serveuse qui dévisageait ma gueule de cliente pleureuse et une main posée sur mon bras qui ne savait que faire, oui à cet instant précis, à la minute même où la première goutte de pluie s’est échouée sur mon doigt, j’ai su que c’était trop tard. Les retours en arrière n’existent pas, ni pour moi, ni pour personne, peut importe ce qu’il en coûte. On paye toujours la note car on ne peut pas souffler sur le passé comme on fait s’envoler une cendre mal tombée.

J’ai laissé l’appareil photo dans son étui depuis plusieurs semaines. La camera n’est pas accessible. Mes disques ne font danser personne.

« Ma fille, je te donne sept jours pour te remettre »
. Je me répète.

J’ai regardé les enfants jouer aux Arènes de Lutèce. J’ai décoré mon appartement. J’ai perdu cinq kilos. On m’a proposé trois CDI consécutif. J’ai trouvé un nouveau travail.

Je suis une laissée-pour-compte pleine de ressources.

Au soir du quatrième jour, je décide de passer à autre chose.

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« Adieu les petites souris »

13 juin 2007

SK#146

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Les gamins courent autour de moi, jouant à celui qui s’arrosera le plus. Jardin du Luxembourg, un après-midi de pleine semaine où l’on devrait s’attendre à une plénitude totale, une pelouse dégagée.
Six cents enfants prennent leurs déjeuners, un couple s’embrasse devant moi. La vie devrait être simple et dépourvue de tout malaise.
La vérité est tout autre. Elle encombre mes bronches, coince mon œsophage, abîme ma cornée et diminue ma volonté. La vérité c’est que je n’ai plus la force.

G. me dit: « On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait en partant ».

Je fais mine de ne pas l’entendre, je me lève en enchaînant les gestes du quotidien. Rester debout, se brosser les dents, se laver, s’habiller, sortir de chez soi, sourire à la boulangère, faire racler sa gorge pour écarter le poids de la douleur, diminuer l’inconnu.

La vérité encore, c’est que ma dévalorisation est telle, qu’il m’est difficile de m’en relever. La vérité pour finir, c’est que je connais par cœur ce putain de chemin. Pèlerinage obligé des amours consumés. Que j’oublierai, le bien, le mal, les rires, les premiers instants, la déconfiture. Que je retrouverai dans les yeux d’une autre la valeur qui m’est dû. Et l’on sortira, et on se touchera, et on s’aimera jusqu’à la fin, jusqu’au recommencement.


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« L’enfant du jardin du Luxembourg »

09 juin 2007

SK#145

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On n'ira plus jamais sous les arbres à thé vert.




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04 juin 2007

SK#144

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Sur le balcon, un moineau fouille de son bec, la terre ancienne qu’il reste des plantes mortes. Une identification instantanée.

Le lendemain, sous le cadre de lumière de la Flèche d’Or, il fait chaud. Pendant que je passe les disques, des danseurs s’étalent sur les platines, les culs font bouger le matériel, un type vide les verres l’air désespéré, une sourde et muette me sourit, une inconnue s’installe derrière moi pour regarder, je mixe devant un mur de chair. Festival du n'importe quoi. Je n’ai pas bu ce soir. Ca s’embrasse sur ma droite, puis sur ma gauche. Sur le côté de la piste, une blonde me regarde longtemps. D’un oeil qui ne dit rien. Observatrice contenue qui remonte sa frange chatouillant sa jolie gueule.

Je n’avais pas oublié, mais je ne me souvenais plus. De la torpeur et de la sueur. Des filles éméchées et des garçons perdus, qui dansent pour ne pas aller se coucher seuls.
Des baisers de toute part aux quatre coins de la salle comme s’il fallait à tout prix aimer. Ne pas perdre de temps, trouver un sens à cette nuit.

Je suis donc revenue. Je le sais car on m’a dit merci.

Photo :
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« UT »