31 août 2007

SK#162

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Le forum des halles un jeudi en fin d’après midi. Une richesse sociale. D’autres ont eu l’idée de fouiner avant le week-end, trouver sa tenue pour je ne sais quelle soirée. Chez H&M, un lot de pétasses se vautre sur les fringues fluo pour chercher la perle qu’elles retrouveront sur une autre pétasse plus dégourdie qui sera passée le mercredi.
Un tas d’affaires traînent sur le sol, vraisemblablement la cible d’un combat acharné.

Envie viscérale. Il faut que je lise. Les vigiles font mines de faire leur boulot à l’entrée de la Fnac. Un tas de jeunes est regroupé à l’entrée, avec un air de « je rentre – je rentre pas- je rentre- je rentre pas. »

Les livres starifiés sur les étalages laissent à penser qu’il faut impérativement les acheter. « Si tu ne lis pas ça, t’es totalement out ». Quelques euros dans le creux de ma main, je vais au rayon poche qui me semble ne regorger que des titres valables pour les fiches de lectures de quatrième. Je veux du contemporain, du vif, du présent, de la vie, celle qui me ressemble, celle qui me permet de dire qu’aucune vie n’est plus valorisante qu’une autre tant qu’on n’a pas souffert.
Je trouve un vieux livre. Pas si anciens, mais plus d’actualité. Qui fini à six euros entre deux autres auteurs. La vie d’un écrivain. Se donner autant de mal à raconter des histoires qui finissent à prix sacrifiés.. Une vérité qui me fait douter, qui me coupe l’envie. Il faut vraiment avoir des choses à dire pour se lancer. Prouver que son discours vaut la peine de trouver lecteur. Ne pas se comparer pour avancer.

Mais puisqu’il est l’heure de danser, ce soir je mixe.

Flyer :
Clitorise du 31 aout à la Flèche d’Or.

27 août 2007

SK#161

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JB ponce le mur. Il frotte fort les dessins à la gouache, incrustés sur le mur blanc, pendant que je pose les bandes de protection sur le plafond et le sol. Plus tôt chez Leroy Merlin, on s’amuse à compter le nombre de couples qui viennent choisir leur nouveau carrelage. On se moque parce qu’on sait pertinemment qu’il n’est pas près de venir, le temps où, avec notre âme sœur, on hésitera entre le blanc cassé ou le beige sombre.
Je demande au vendeur de peinture la référence choisie. Un joli bordeaux, rouge foncé. La machine perce le pot, injecte la couleur et mélange en faisant gronder le plan de travail.

Plastique de protection. Scène de crime. Première couche. La peinture adhère très mal, je commence à regretter la teinte. J’ai très chaud, JB continue d’éliminer les noirs incrustés en hurlant « Quelle bande de connasses ! ».

A la fin de la première couche, mes espoirs s’amoindrissent. Des petites traces de graisse laissée par la pâte à fixe jaune, apparaissent, sans compter celles du rouleau.
Je m’arrête un instant. Je pense aux options, papier peint, déménagement, suicide, mais j’opte pour la seconde couche.
La magie opère. La couleur fonce. "Dégager les angles" qu’elle dit à la télé. Alors je dégage avec l’acharnement d’une enragée qui veut en finir. Je dégage et j’efface le lot de filles à souvenirs passées dans cette pièce. Le bon, le moins bon, tout y passe. Je peinture comme d’autres mettent aux ordures.
Après trois couches et aucune imperfection, je maîtrise. Très efficace.

Photo :
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“Pendant les travaux”

20 août 2007

SK#160




Petites bouilles qui se frottent à la mienne. Des mains qui s’accrochent à mes doigts sans que je m’y attende. Dans les rayons du magasin, je traîne deux enfants, qui me demandent d’aller voir les jouets.
Quatre années au moins, que je n’avais pas vu ma sœur et ses enfants, pour des raisons qui se justifiaient à l’époque. Radicale et rancunière.
Pendant ce temps, la progéniture pousse, commence à penser, à parler, à jouer, à désirer.
Tata par ci, tata par là. Je tue quelques dizaines de pokémons sur la nintendo DS de l’un, et fais des tours de magie sur l’autre pour finir par dessiner des tatouages au feutre sur leurs petits bras tout mous.
Elle passe par-là la reconstruction. Effort de socialisation, de pardon et de retrouvaille. Je ne serais pas aussi avenante avec tout le monde.

Où en est mon cœur ? J’ai passé le post-choc, la douleur vive, la conciliation, le dégoût et la fuite. Il y a les amis qui conseillent d’un automatisme frustrant, ceux qui gaffent et ceux qui n’en parlent pas. Lesquels me font me sentir mieux ?

Et puis l’une arrive. La fixant alors qu’elle me parle de ses projets, je ne lui montre pas que, dans ses mots, sa façon de se tenir, de fumer sa cigarette, de remettre ses cheveux en place, de rire, de cligner des paupières, j’essaye de percevoir en elle l’espoir fou qu’elle puisse me plaire. Je me raccroche à une attitude, à une comparaison, un faux-semblant parce que je sais bien qu’au fond, je ne suis prête à rien. Ni avec elle, ni avec les autres.

Photo :
Copyright D. Juncutt
“Neveu et nieces”

10 août 2007

SK#159

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Sortie du métro Alésia. Je vois le numéro deux cent cinquante de l’avenue du Maine. Évidemment je ne pensais pas tomber si loin du numéro que je dois rejoindre, le cent dix-huit. La brise bien trop fraîche de ce jour glace mes lèvres. Je ne peux m’empêcher de penser à ce foutu anticyclone qui ne fait que nous frôler. Petit joueur.

La rue s’étire, je n’en vois pas le bout. Les commerces sont fermés, les promeneurs font chier leurs chiens, les mamans poussent leurs landaus, quelques types éclatent la route au marteau piqueur, un mec me marmonne une phrase que je n’entends pas mais que je peux comprendre. Un vendredi classique de mois d’août dans un Paris presque libéré de sa population, de ses voitures. Sur le coté, les Vélib’ sont presque tous loués, je songe un instant à en prendre un pour rejoindre ce foutu numéro.
Dix minutes plus tard. Je me recoiffe un peu. Range l’ipod dans mon sac qui se termine sur une très mauvaise chanson d’Etienne de Crecy. Réajuste ma veste, ma chemise, mon pantalon.
« -Bonjour, j’ai rendez-vous avec mademoiselle…
-Oui c’est moi. Vous avez vu l’heure ?"
M’interroge une blondinette d’a peine vingt-deux ans en train de se débarrasser des miettes de son croissant.

Je regarde ma montre, je suis interloquée. Je lui dis que je suis désolée, que je ne pensais pas marcher autant pour arriver jusqu’à l’agence.
« -Non mais moi je ne vous inscris pas vous comprenez. Si vous arrivez en retard aujourd’hui je n’ai aucune garanti que vous arriverez à l’heure chez mes clients. »

Inerte. Vexée et limite choquée. Je m’interroge sur la faculté qu’ont certaines personnes à être aussi connes.
Arrêt sur image : Je songe à l’attraper par les cheveux et à lui poustillonner dessus:
« Mais espèce de pauvre merde. Déjà on ne parle pas la bouche pleine et ne me fait pas croire que je te dérange alors que t’es en train de t’empiffrer comme une truie. Je vais te dire pourquoi je suis en retard. Je me lève ce matin et je constate que je suis à moins neuf cent euros sur mon compte. Depuis deux jours, ces enculés de Noos doivent venir réparer ma connexion internet sans laquelle biensûr je n’ai pas pu constater que votre agence de merde était bien plus à côté du métro gaîté que d’Alesia. Sans laquelle non plus je ne peux consulter mes mails, des réponses peut-être à des offres d’emplois super intéressantes qui m’auraient aussi probablement évité de ramener mon cul par ce froid chez vous, pour constater que finalement, tu ne veux pas m’inscrire parce que j’ai dix malheureuse minutes de retard. Probablement ton seul travail du jour en cette veille de week-end, et peut-être même veille de vacances que tu vas, j’en suis certaine, passer avec ton connard de mec, qui ne pensera qu’à te sauter sous la tente du camping Saint-André de Perpignan, alors que tu lui diras, non pas par derrière. Grosse connasse !»

Elle m’a souhaité une bonne fin de journée. J’ai claqué la porte en partant. Sans rien dire.

Un peu plus tard, alors que je pensais ma journée profondément perdue. Le technicien Noos a réparé ma connexion. J’ai trouvé un nouveau job et je quitte Paris tout le week-end.

Je conseille, par ailleurs à tout le monde d’aller voir l’excellent « 2 days in Paris » de la brillante Julie Delpy, ne serait-ce que pour le monologue de fin sur la complexité amoureuse. Bien qu’ayant ri durant tout le film, je suis sortie de la salle, les larmes aux yeux.

Le film de l'année je vous dis !

Photo :
Copyright D. Juncutt
« May »

05 août 2007

SK#158



Un nouvel extrait très particulier de You should be me. Particulier car très alcoolisé, offrant encore une fois des références à la télé réalité, comme si toute l'histoire de la caméra résidait dans le plaisir du voyeurisme télévisuel. Notre génération est foutue.

A noter que nos personnages prennent une sérieuse claque, puisque chaque mot et chaque geste sont le fruits d'une consommation bien excessive. Nous ne sommes pas aussi stupide en vrai.

Film :
Copyright D. Juncutt
Extrait 6 de You Should Be Me

04 août 2007

SK#157



Soupe de langues avec celles et ceux qui ne sont pas encore partis en vacances. Champagne frais. Improbable accrochage de chaînette de jean’s avec ma voisine de frotti-frotta formidablement bien résolu par la grande et déjantée Ma.

Toi aussi tu peux goleri dans les loges lorsque ton verre encore plein s’écrase sur le sol alors que tu demandes à May de cambrer le bassin.
Probablement une de mes meilleures soirées, lorsque plus rien ne peut m’atteindre, lorsque plus rien je ne peux attendre.

Comme les voyages dans le temps nous font du bien et qu'il est bon de voir des gamins de vingt ans s'amuser sur ce qu'ils n'ont pas connu, tout le monde a dansé sur CA !

Merde ce que ça fait du bien. Vivement la prochaine...

Photos :
Copyright D. Juncutt
« Slide Show Clitorise du 8 août 2007 »

02 août 2007

SK#156

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J’ai refusé un travail très bien payé avec possibilité d’embauche. Se peut-il que mon masochisme se prolonge jusque-là. Mais, en toute évidence, je ne m’y voyais pas. La fenêtre grande ouverte, on me fait patienter. Je me penche depuis le quatrième étage sur un Paris neuvième ensoleillé. Je ne suis pas là, je n’y serai jamais. De ce balcon j’aperçois un homme qui dispose des tableaux d’art moderne dans une vitrine. Je donnerai tout pour offrir mes services dans cette petite boutique de quartier, faire comme si j’y étais depuis des lustres, épanouie et vide de toute amertume.

Quelques heures plus tard, un message téléphonique me confirme que j’ai le poste. J’invente. J’ai trouvé autre chose. Au grand désespoir de mon compte en banque.
La force du refus m’a une fois de plus servie.
Sur mon curriculum vitae, je pouvais lire un mot de la société d’intérim qui disait « Grande faculté d’adaptation, excellent élément.»

Faculté à adapter à mon quotidien et grand bien m’en fera.

Plus tard je demande à la provinciale. si elle pense que je suis dépressive. Le soir précédent, je discute durant cinq heures avec Chill qui m’apprend à lire Amour en japonais, gravé sur le bracelet argenté d’une voisine de table. Soudain je pense, qu’on ne m’a jamais offert de bijoux.

Photo :
Copyright D. Juncutt
Information : Clitorise – Vendredi 3 août à la Flèche d’Or