30 mars 2009

SK# 257



Presque cinq heures du matin. F. et moi partageons un taxi. Le chauffeur dit que « Oui mais Porte d'Orléans, pas Montrouge! » Je me retiens de lui décrocher la tête avec une pelle. J'acquiesce je ne suis pas en mesure de négocier quelques mètres supplémentaires.
F. dit que ça l'énerve, que franchement elle n'en voit pas le bout. Ca vibre sur la banquette, elle me tend ton téléphone en disant :  «  Ben tiens, regarde! ».
Je lis, je hoche la tête, je ne trouve pas les mots et pose ma main sur la sienne en guise de compassion.
Des filles à prendre dans mes bras, durant cette nuit, ce fut légion courante.
Flash back.
Six heures plus tôt, je pose mes doigts frigorifiés sur le ventre de July. « Mets-les là mon Bourdon, tu es gelée ».  Aguicheuse.
On s'enfile quelques verres, j'ai le désir d'être rapidement enivrée pour enfouir cette dur semaine de travail. Lorsque Sarah débarque, je l'invite à partager une tequila frappée, pendant que Céleste me dit dans le micro qu'elle arrivera en même temps que nous à la soirée de Damla et Cass.
On finit nos verres, Amandine note les codes, je reste quelques instants dans la salle de bain, Vaï enfile ses casques sur son bras comme une grand mère porte son panier en osier, et on embarque nos victuailles.

Dans l'immeuble de nos hôtes, des enveloppes, déposées sur les paillassons attisent notre curiosité. Un homme est mort, un voisin, il faut donner à « votre convenance, quelques euros pour une couronne. » C'est la crise. On repose l'enveloppe, ce soir, on fête la vie.

L'appartement est spacieux mais salement agencé. Cass, la cheville brisée de ses péripéties de la semaine dernière, est assise sur le lit. Je mesure l'improbable.
Le petit peuple arrive, s éparpille, commence à trébucher dans les affaires, boit dans les bols car les verres ont tous trouvé une bouche. Céleste a le visage intrigué, Morgan a le cheveux bien court et G. nous fait honneur de sa trop rare présence. Petite joueuse.
Je la chambre. Parce qu'un an sans nouvelle me laisse perplexe. Je dis que je comprends, que je sentais bien que la dernière fois, elle se demandait bien ce qu'elle foutait là.
On continue l'échange comme si le temps n'avait pas eu d'ampleur. Adossée contre la cheminée, je sers fort la tasse qui déborde pour me donner une contenance. Entre un petit rien et une vacherie, elle se confesse. « J'ai parlé de toi à mon mec. Il y a un an. Je lui ai dit que j'avais rencontré quelqu'un d'intéressant, d'attirant... »

On s'encanaille. Un jeu épuisant. Une attraction qui, pense-t-elle, met en péril toute la stratégie de sa petite vie bien organisée qu'elle se donne tant de mal à protéger. La stabilité, le calme, l'ordinaire, le consensuel.

Fixer la bouche de son interlocuteur est précurseur d'un désir de baiser. Je fais vraiment mine de ne pas avoir envie. Je quitte la pièce, Damla me saute au cou et je lui dis, dans un franglais mémorable qu'elle est la targuet de mon amie et que je suis loin d'être de ce genre. Elle m'embrasse. Son corps ivre pèse une tonne sur mes épaules Je soulève sa fragilité aussi lourde que sa solitude.

Sarah ne se sent pas bien. Sa tête rencontre ses genoux. Ma main caresse son cou. Je n'ai aucun pouvoir sur son état tandis que July me pince le bras en fronçant les sourcils. Je ne comprends pas. Pas tout de suite. Je demande à Amandine de m'en couper un petit bout, et je cours glisser le morceau sur la langue de G. avec pour recommandation au coin de l'oreille « Bois beaucoup d'eau. »
Je suis passée de l'autre côté. Je ne me sens pas dégueulasse pour autant. Totalement lavée par des semaines de pures banalités.
Axelle nous presse. Elle mixe dans une heure.
On profite un peu du vacarme qu'occasionne la musique en se foutant de la gueule du voisin qui se plaint.
On empreinte l'escalier moqueté. Il y a le bruit d'un corps qui se cogne, sur le bois, contre le mur. Il y a les mots qui suivent « Damla s'est fait mal je crois. » On remonte quelques marches, fixe le coude totalement désarticulé, l'os sorti de son logement habituel. Une œuvre de l'extrême contemporain.

Pompiers. Hommes en noir qui ne rigolent pas du tout. On dit qu'il ne faut pas qu'elle regarde, on réconforte, on se dit que tout de même c'est assez étrange cette poisse. Cass, la cheville brisée, tente de se frayer un chemin à l'aide de ses béquilles qui finissent par dégringoler les escaliers.
On attends une bonne heure, on fume sur le trottoir. J'ai soif, terriblement soif. J'ai un peu mal au ventre, je suis refroidie. Je me demande si je ne vais pas rentrer.
La décision est prise de rejoindre les filles à la Babydoll. Axelle fait la gueule. Ça ne dure pas longtemps. Son amie me tend une coupe de champagne. Je fais la bise à quelques personnes, je décide de rester dans le coin parce que c'est trop compliqué de se rendre d'un endroit à l'autre. On danse un peu. F qui avait tenté de me joindre est finalement parmi nous. Elle se frotte à Céleste. Morgan embrasse un type, toutes amygdales ressorties. Emy me donne un flyer pour la Punk Paillette Cabaret, Diis prend des tonnes de photos sur lesquelles je m'arrange pour grimacer, July se fait tripoter par un type aux aguets que je repousse d'un bras, G. me tend son Get 27 imbuvable.
Je l'attrape par la taille, je me fiche de la convenance, de son mec, de l'interdit. Elle pose la tête sur mon épaule. Et ça commence.
Je dis que de toute façon, « Je ne t'appellerai pas. Tes vents sont des blizzards » M. témoin de la scène, me hurle « Tu ne sais donc pas faire les choses comme tout le monde ?» Je profite de la fin du morceau pour lui rétorquer : « Je suis fâchée avec la simplicité ». Elle me sourit.

23 mars 2009

SK# 256


Extrait 25 - You Should Be Me from juncutt on Vimeo.


Et puis merde...

Sinon pour les autres, enjoy :)

Musique:
Agoria- Pending Beween Two World
Hanayo - Joe Le Taxi
Radiohead- mk1

15 mars 2009

SK# 255



Je ne suis pas contente parce qu'il est parti et parce que moi aussi la nuit je mens, je m'en lave les mains et que j'ai dans les bottes des montagnes de questions.
Alors, vers huit heures, ce dimanche, j'ai photographié le soleil levant qui effacera ma nuit blanche et éclairera toutes les vérités.



Photo iphone :
Copyright D. Juncutt
"8h - dimanche 15 mars"

12 mars 2009

SK# 254



Je parle rarement du futur et je m'y projette encore moins. Peut être parce que trop souvent, en évoquant les joyeuses possibilités qui s’offraient à mon avenir proche, elles n’arrivaient finalement pas et qu’il fallait me justifier en marmonnant des « Nan mais en fait ça se fait pas… ».

Du coup, j’ai bien appris à ne plus me réjouir futilement. Je n’appelle pas ça du pessimisme, mais juste de la méfiance.
Ce qui est certain à presque quatre vingt dix neuf pourcent (notez l’unique pourcentage de retenu), c’est que je trainerai mes grailles du côté de Bastille pour une énième soirée de gouine (WGO) durant laquelle, YSBM sera diffusé. Certaine aussi, qu’il faudra que je me confonde en excuse lorsque Vaï et Rag se rendront compte que les images inédites ne le seront que pour celles qui ne les ont jamais vu, puisque le logiciel de montage m’a interdit de transférer la moindre données vers I DVD, me laissant comme unique choix : graver d’anciens numéros.

Ce qui est certain aussi c’est qu’on se lamentera, avec Am, sur notre potentiel affectif en préférant laisser notre cerveau n’utiliser que le minimum de sa capacité pour, par exemple, mimer des MDR géants avec nos bras ; secouer nos touffes imaginaires sur ACDC ; rêver à passer une semaine de vacances sous mdma ; rouler des pommes géantes ; boire des Bubbles cul-sec ; se moquer de nos rires ; cracher sur les amoureux ; dénigrer nos ex ; boire de la vodka chaude cachée dans les gourdes / cachées de nos poches ; nous imaginer dans trente ans à la mamydoll…

Ce qui est certain pour finir, c’est que je vais arrêter d’être gentille avec les gothiques, les névrosées, les torturées, les suicidaires, les hyper sensibles, les ultra sensibles, les méga sensibles, les indécises, les curieuses et les bisounours qui me draguent sous prétexte que ma « mélancolie naturelle est quand même vachement attirante et intrigante ».

Hum.

Le paradoxe poussé à l’extrême, il m’arrive cependant bien plus souvent de me poiler que de pleurer lorsque l’on me répète : « Jun, t’as vraiment un cœur de pierre ».


Photo :
Copyright Angela Boatwright
Shooting vice Fashion

04 mars 2009

SK# 253



D’accord, il n’est même pas le printemps et cela oblige à un bilan hivernal plutôt morose, imposant une conclusion simple. Mon système immunitaire m’a abandonné.

Si l’on considère un terrain allergique en évolution causé par une traversé quotidienne du périphérique de la Porte d’Orléans depuis cinq années, j’ai, depuis aout 2008, contracté trois angines, une bronchite et quatre rhumes. Sans oublier, la diminution de la vision de l’œil droit et une dent de sagesse douloureuse.
Je suis une ruine.

Je pourrais passer mes dimanches à courir les marchés bios, financer les instituts de massage, m’accroupir en position du lotus et positionner mon âme par rapport aux douleurs du monde en humant de l’encens à la camomille. Au lieu de cela, j’enraye un peu plus la machine organique, remettant en cause toutes les statistiques des gens de ma génération.

Je brule la chandelle par les deux bouts, et je croque au milieu.

Au bureau, les mariages et les grossesses s’annoncent au rythme des battements de cils, et pendant qu’elles peaufinent les garde-robes de leurs fétus, je traine sur le bitume du dimanche matin, les zygomatiques cramés, la peau fuyant mon corps, en répétant avec mes copines de débauche après quinze heures de fête non-stop : « J’ai froid, j’ai chaud. J’ai froid, j’ai chaud ». Et cela, sans même regretter un instant n’avoir personne à conquérir.


Photo Porbable :
Copyright D. Juncutt
« L’église St Eustache »